“Tesla prouve que le meilleur moyen de s’enrichir est de perdre de l’argent”

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Le meilleur moyen de s’enrichir c’est encore de faire des pertes… et si possible par milliards. C’est la magistrale leçon que nous donne Tesla, le constructeur de véhicules électriques fondé par Elon Musk. En effet, Tesla vient de passer la barre des 150 milliards de dollars de capitalisation boursière. 150 milliards, c’est, pour fixer les ordres de grandeur, 50% de… plus que celles de Ford (32 milliards), GM (50 milliards) et FCA-Fiat Chrysler (26 milliards) réunies !.. Et pourtant, Ford, GM et FCA ont vendus à eux trois plus de 18 millions de véhicules en 2019 et Tesla… 0,37 million ! 150 milliards, c’est aussi l’équivalent du PIB d’Etats souverains comme l’Ukraine, la Hongrie ou la Grèce. Et quand on voit que le gouvernement n’hésite pas à mettre notre pays à feu et à sang pour aller gratter 7 milliards hypothétiques sous couvert d’une retraite soi-disant universelle, on mesure mieux ce que 150 milliards représentent.
Mais ces 150 milliards, qu’est-ce au juste, au plan économique, au plan de l’entreprise ? La question paraît incongrue, déplacée, choquante, peut-être… oui… mais en tout cas moins que la réponse. Considérons un instant ce qu’est une entreprise. Normalement, une entreprise privée a pour but essentiel de dégager de son activité des profits à partir desquels elle peut rétribuer ses actionnaires, rembourser ses créanciers (si elle s’est financée par la dette), payer ses employés, ses fournisseurs, financer ses investissements et bien entendu payer l’impôt, et ce de manière pérenne (le fameux on-going concern). A partir de là, le cours de Bourse de son action va plus ou moins refléter sa capacité à générer ces fameux bénéfices, gage de son efficacité, de sa pertinence et de sa pérennité économique.
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Si on reprend le cas des entreprises citées plus haut, Ford, GM, FCA, il s’agit d’entreprises pérennes qui ont – à part quelques années au cours d’une longue histoire plus que centenaire, traversée par deux guerres mondiales, la Grande Dépression, le choc pétrolier et la Grande Récession – toujours dégagé des bénéfices.
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Or, ce qu’il y a de magistral dans la leçon que nous donne Tesla, c’est que cette entreprise qui vaut 150 milliards n’a jamais dégagé le moindre bénéfice depuis sa création en… 2003. En fait, année après année, Tesla enfile les pertes nettes avec la régularité d’un métronome. En clair, année après année, depuis 17 ans, Tesla démontre son incapacité économique. Au sens strict du terme.
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Cela peut paraître brutal mais c’est ainsi : factuel (par opposition à fictionnel, ou au story telling). Alors, pourquoi cette distorsion entre la réalité économique décevante et cette valorisation mirobolante ? Il s’agit typiquement d’une anticipation irrationnelle, d’un schéma purement spéculatif, ici poussé à l’extrême. Phénomène que l’économiste Richard Thaler a parfaitement décrit et qui lui valut le Prix Nobel en 2017 pour ses travaux sur l’économie comportementale.
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On peut aussi rapprocher ce phénomène de spéculation, a contrario des fondamentaux économiques, des phénomènes de “bulles” qui ont jalonné ces dernières années. Le schéma est quasiment toujours à peu près le même. Ça a été le cas du canal de Panama, et plus près de nous, celui de la bulle internet, puis d’Enron (que les plus grandes agences de notation encourageaient à acheter, la veille de sa faillite), de Lehman Brothers ou encore des fonds Ponzi de Bernard Madoff, (dont rappelons-le, des institutions parmi les plus prestigieuses au monde en avait plein le bilan).
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Ceci ne veut pas dire que Tesla soit la prochaine bulle qui va éclater, cela veut simplement dire que dans un monde qui croule sous les liquidités à tel point qu’on ne sait plus quoi en faire (sauf à augmenter les salaires pour réduire les déficits sociaux et fiscaux et relancer croissance et emploi), les bulles spéculatives sont autant de tentations aux placements miraculeux. Autant de miroirs aux alouettes, fussent-ils électriques, technologiques. Reflets, plus que réfections (réflexions ? ou absence de ?), de notre propre psyché, de ses fantasmes et de sa quête du “merveilleux”, du “deus ex machina” …
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Et à ce sujet, de la quête du merveilleux et du “deus ex machina”, les comics Marvel (“merveilleux”, en anglais ) n’ont-ils pas déjà créé Tony Stark… et il est fort à parier que la capitalisation boursière de son entreprise, Stark International, si elle existait, serait proche de celle de Tesla…
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Georges Nurdin, économiste, consultant international essayiste et écrivain (Les multinationales émergentes, International Corporate Governance, Le temps des turbulences, Wanamatcha !).
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