Sortie de crise de l’économie française : c’est quoi le bon plan ?

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En déclarant devant l’Assemblée Nationale lors de son discours de politique générale : “Je crois en la croissance écologique, pas en la décroissance verte”, Jean Castex a clairement adhéré aux idées que je défends (avec d’autres, fort heureusement) depuis des années. Le 19 juin dans ces mêmes colonnes, j’intitulais d’ailleurs ma chronique : “Non à la décroissance, mais oui à la croissance verte” Bien entendu, je ne demanderai pas de copyright à notre nouveau Premier ministre.
Pour autant, dans la mesure où les paroles n’engagent que ceux qui y croient, nous pouvons lui demander qu’au contraire de la très grande majorité de ses prédécesseurs, il réussisse à joindre l’acte à la parole. Et c’est malheureusement bien là que le bât blesse. Car, comme cela s’observe depuis des décennies dans notre beau pays, les mesures et la valse des milliards annoncées risquent surtout servir à colmater les brèches. Bien sûr, compte tenu de l’ampleur des dégâts économiques et sociaux, il est indispensable d’éteindre l’incendie, notamment en limitant l’augmentation massive du chômage, qui a d’ailleurs déjà commencé.
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Néanmoins, le “bon plan” de relance ne doit pas se contenter de distribuer des aides en espérant que le pire sera évité. Non, un plan de relance efficace est celui qui inscrit la France dans une dynamique d’investissement et d’innovation sur le long terme. Et soyons honnêtes, ce n’est pas la “création rapide d’un haut-commissariat général au plan” qui va permettre de remplir cette mission. Une fois encore, le risque est grand de voir toutes les bonnes intentions du nouveau Premier ministre ne pas dépasser le stade du marketing.
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Et pour cause : préparer l’avenir avec une institution qui a été créée en 1946 et dissoute en 2006 relève plus de l’oxymore que de l’idée géniale. En effet, à quoi bon (ré)activer une nouvelle institution publique, avec tous les coûts et les dysfonctionnements que cela engendrera inévitablement, alors que les mesures pour redorer le blason de notre économie, pour lui redonner sa capacité à innover et enfin pour relancer la confiance des entreprises et des ménages, sont à la fois déjà connues et couronnées de succès dans de nombreux pays développés, à commencer par notre voisin allemand. Le “bon plan” consisterait donc à mettre en place une “thérapie de choc bienveillante” autour de ces cinq piliers.
1. Baisser la pression fiscale pour tous, les entreprises (la réduction de 20 milliards d’euros des impôts de production annoncée par le gouvernement est évidemment une bonne nouvelle) et les ménages, de façon claire, notamment en réduisant le taux de l’impôt sur les sociétés (vers les 20 %) et la CSG, qui, souvenons-nous, était un impôt temporaire créé en 1991… En abaissant cette taxe généralisée (que tout le monde paie) de 3 points, cela produira un coup de pouce de pouvoir d’achat de 35 milliards d’euros pour tous les Français. Par la même occasion, cela créera un boom de confiance, qui pourra faire accepter plus facilement la baisse de la dépense publique, qui constitue notre deuxième mesure phare.
2. Optimiser la dépense publique, en réduisant les dépenses de fonctionnement. Car attention, baisser les dépenses d’investissement et/ou de santé serait contre-productif. Il faut au contraire s’attaquer aux dépenses de fonctionnement (le fameux mille-feuilles administratif) qui ont augmenté de 120 milliards d’euros au cours des douze dernières années. Si un tel dérapage ne s’était pas produit, le poids des dépenses publiques serait ainsi de 50% du PIB. Autrement dit, réduire ces dernières ne signifie pas rogner sur les missions de service public mais améliorer et optimiser ce dernier. La dépense publique deviendra alors plus féconde en création de richesses, ce qui permettra de faire baisser automatiquement le ratio dépenses publiques / PIB, via une réduction opportune du numérateur et une augmentation du dénominateur…
3. A côté de la réduction des impôts pour tous et de l’optimisation des dépenses publiques, il sera également indispensable de réduire le coût du travail, non pas évidemment en abaissant les salaires, mais en réduisant d’au moins 15 % les charges qui pèsent sur ces derniers. Cela permettra alors d’augmenter les salaires nets et donc d’améliorer le pouvoir d’achat des ménages. De quoi là aussi relancer la confiance des Français dans la politique économique nationale. Pour y parvenir, il sera possible de transférer une partie des charges qui pèsent sur les salaires vers la TVA, mais, attention, sans augmenter le taux de cette dernière. Car sinon cela viendrait grever le pouvoir d’achat et amoindrir la confiance.
4. Pour parfaire ces trois évolutions indispensables, la France devra également moderniser son marché du travail. Cela passera notamment par les mesures suivantes : 1. Simplifier drastiquement le code du travail. 2. Réduire les contraintes à l’embauche et au licenciement. 3. Limiter la période d’indemnisation du chômage à un an. 4. Permettre à chaque salarié de choisir son type d’assurance chômage et les cotisations qui pèsent sur le salaire en conséquence. 5. Créer un contrat de travail unique.
5. Enfin, dans cette France modernisée, il faudra également favoriser le financement des entreprises et de l’innovation, notamment en assouplissant les règles prudentielles qui pèsent sur les banques et en facilitant la création de fonds d’investissement.
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Ces mesures ne sont pas ultra-libérales, ni destructrices, mais simplement de bon sens économique. Et si les Français ne les acceptent pas, alors il faudra se résoudre à un taux de chômage supérieur à 10% pendant encore des décennies, un taux de chômage des moins de vingt-cinq ans qui dépassera durablement les 25% et condamnera trop de jeunes à la précarité et in fine à l’instabilité sociétale.
Est-ce là l’héritage que notre génération veut laisser ? Surtout pas. Alors, s’il vous plaît, Mesdames et Messieurs les dirigeants du pays, cessez de faire comme vos prédécesseurs, en vous contentant de colmater les brèches et de faire du marketing. Ayez enfin le courage d’engager la France sur le chemin des réformes structurelles et de la modernité économique.
Marc Touati, économiste, Président du cabinet ACDEFI
Son dernier livre, Un monde de bulles, est toujours en tête des ventes de sa catégorie sur Amazon.fr.
Son nouveau livre RESET – Vers une réinitialisation mondiale sortira le 2 septembre 2020
Retrouvez toutes ses vidéos sur sa chaîne YouTube. Dont celle-ci : La crise économique est-elle déjà terminée en Chine ?

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