Réforme des retraites : “Nos réserves sont complètement insuffisantes”

Share on facebook
Facebook
Share on google
Google+
Share on twitter
Twitter
Share on linkedin
LinkedIn

Depuis plusieurs semaines, les esprits s’échauffent. Ne pourrait-on pas utiliser les réserves des régimes de retraite pour financer la mise en place du régime universel ? La réforme ne risque-t-elle pas de faire le lit de la capitalisation. Qu’en penser ? L’analyse montre que notre système de retraite est décapitalisé à tous les niveaux. Nos retraites par répartition ont peu de réserves, ce qui fait planer des doutes sur la capacité à honorer les promesses faites. Dans le même temps, la réforme prévoit de supprimer des capitalisations collectives, avec le risque que l’épargne retraite devienne l’apanage d’une minorité aisée.
En France, les promesses faites au titre des régimes des retraites par répartition représentent de l’ordre de 370 % du PIB selon l’Insee. Face à cela, les réserves accumulées sont fort maigres. A titre d’illustration, les réserves de l’Agirc-Arrco représentent à peine 2,5 % du PIB. Celles du fonds de réserve des retraites français, instauré en 2001 par Lionel Jospin, sont de 1,4 % du PIB. Au total, nos régimes avaient moins de 6 % de réserves fin 2017 selon le Conseil d’orientation des retraites, ce qui représentait 4 mois de retraites. C’est deux fois moins que les 14 % de PIB mis en réserve par les régimes de retraites par répartition des autres pays de l’OCDE. C’est surtout sans rapport avec ce que l’on observe chez nos voisins ayant une forte tradition sociale. Par exemple, le régime de retraite par répartition suédois dispose de réserves représentant 31 % du PIB et 56 mois de prestations. Ce voisin du nord est 5 à 14 fois plus précautionneux que nous, selon qu’on se fie au PIB ou au nombre de mois de prestations mis de côté.
Il faudrait sanctuariser les réserves de la répartition
Ces sommes sont placées et fructifient. Lorsque des déficits surviennent, elles sont mises à contribution pour respecter les promesses faites au titre des retraites. Dans le cadre du futur régime universel de retraites, les réserves seront cruciales. Les pouvoirs publics français n’ont pas fait le choix d’un régime à point « dur », qui laisserait fluctuer la valeur du point au gré d’une démographie déclinante et d’un plein emploi rarement atteint. Au contraire, en phase d’accumulation, la valeur du point ne pourra pas baisser. En phase de retraite, le niveau des pensions ne pourra jamais être baissé non plus. Pour permettre le respect de ces promesses dans le temps, il faut que le régime universel dispose de réserves significatives. Si tel n’était pas le cas, il serait condamné à faire rapidement des ajustements douloureux en rognant les promesses faites.
>> À lire aussi – Réforme des retraites : patronat et syndicats s’entendront-ils pour trouver 12 milliards d’économie ?
Contrairement à une idée en vogue, ce serait donc irresponsable d’utiliser les réserves existantes pour financer la mise en place du régime universel ou les déficits. Elles sont indispensables pour garantir le respect des engagements pris. Aussi est-il fondamental de compléter le projet de loi qui, en l’état, ne sanctuarise pas les réserves. Il faut éviter le renouvellement des errements du passé avec, par exemple, un fonds de réserve des retraites utilisé pour financer le déficit de l’assurance maladie. Il faut aussi garantir que des déficits qui surviendront immanquablement ne réduiront pas à néant les réserves. Pour ce faire, il convient de prévoir un mécanisme permettant de reconstituer automatiquement les réserves si elles n’étaient plus suffisantes.
Ajoutons que constituer des réserves dans un régime par répartition est loin d’être un mauvais calcul financier. Avec la fin du baby-boom, le rendement “implicite” de la répartition, lié à la croissance, est 3 fois moindre que le rendement des marchés financiers. Disposer de réserves placées génère des rentrées permettant d’alléger la contrainte financière pesant sur la répartition, dépendante d’une démographie défavorable.
Il ne faudrait pas détruire les capitalisations collectives
Autre source de confusions, la disposition prévoyant qu’au-delà de 120.000 euros de revenus brut par an, la cotisation au régime universel ne sera pas créatrice de droits. Certains en ont conclu que la réforme est un boulevard pour la capitalisation. Il est probable que cela soit faux, la réforme démantelant les capitalisations collectives françaises.
>> Notre service – Faites des économies en testant notre comparateur d’Assurances Santé
La capitalisation collective française la plus développée est l’ERAFP. Cet établissement permet à 4,5 millions de fonctionnaires de constituer un complément retraite par capitalisation, avec 30 milliards épargnés à fin 2018. Il existe d’autres capitalisations collectives dans le public (Banque de France, Sénat…) ou chez les professions libérales, les pharmaciens français ayant pris l’habitude de financer leurs retraites par un mix répartition et capitalisation depuis les années 1960. Loin de reconnaître leur l’importance de ces démarches et de les encourager, la réforme prévoit d’éteindre ces capitalisations collectives obligatoires. Cela constitue un double contresens : le régime universel n’a pas besoin d’abolir les régimes par capitalisation existants, démarche relevant du non-sens compte tenu du déclin démographique handicapant les régimes par répartition.
Certes dans le même temps, les actifs rémunérés au-delà de 120.000 euros de revenus brut par an seront incités à capitaliser, mais ils représentent à peine 1 % des salariés. Quant à la loi Pacte visant à renforcer la diffusion des produits retraites créés au fil du temps (Article 83, Madelin, Perp, Perco…), l’expérience montre que leur développement est lent. Mis en place de façon individuelle ou entreprise par entreprise, ils ne représentent que 2 % du montant des retraites versées, une goutte d’eau.
Tous ceux qui concluent que la réforme ouvre la porte à la capitalisation, sans voir qu’elle en ferme, s’avancent bien vite. Le problème est différent : la réforme donne un coup d’arrêt aux capitalisations collectives obligatoires et un coup de pouce indirect aux capitalisations individuelles. Elle est de nature à inciter une minorité d’individus bien rémunérés à épargner pour leur retraite, tandis qu’une multitude d’autres épargneraient moins.
Est-ce judicieux ? C’est loin d’être évident. D’une part, cela complexifiera l’équation financière, d’autre part, cela va générer des inégalités. Un fossé va se creuser entre la masse n’épargnant pas et une minorité ayant compris l’importance de la capitalisation et les moyens de l’organiser, individuellement ou par leur entreprise. Les premiers seront dépendants d’une répartition peu attrayante en raison d’une démographie défavorable. Les seconds auront des retraites bonifiées par les marchés financiers. Une machine à créer des inégalités, bien loin du rêve de Jaurès au siècle dernier. Le fondateur de l’Humanité proposait en 1910 d’émanciper la classe ouvrière en mettant en place la capitalisation pour tous. Aujourd’hui, cela reste la seule démarche permettant de ne pas laisser le plus grand nombre au bord du chemin.
>> Notre service Retraite pour les particuliers – Confiez à un expert la mission de vérifier, calculer, optimiser vos droits à la retraite et/ou de vous assister pour liquider votre retraite. Vous bénéficierez d’un tarif préférentiel (remise de 20% pour les internautes de Capital)

Plus d'articles

Dossier Exclusif Covid-19

Comment protéger son épargne et ses investissements après la crise du Covid-19.

Dossier exclusif avec:

Comparez le rendement d'un livret A, et un investissement alternatif.

Une fiche de calcul simple pour évaluer le potentiel de rendement d’un investissement alternatif