Réchauffement climatique : “l’économie mondiale doit repenser d’urgence son modèle !”

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A l’heure où la crise du coronavirus garde encore confinée près de la moitié de la population mondiale, il est important de prendre un peu de recul et de se rappeler un élément essentiel : au cours des dernières décennies, notre monde s’est considérablement amélioré. La richesse mondiale s’est appréciée, beaucoup de gens sont entrés dans la classe moyenne, l’espérance de vie s’est considérablement allongée, la faim dans le monde a reculé : non, ce n’était pas mieux avant ! Cette formidable transformation, nous la devons en grande partie au pétrole et aux énergies fossiles. Energie dense, le pétrole – et le charbon avant lui – est sans doute aussi en partie à l’origine de la fin de l’esclavage. Le pétrole a modifié à jamais la façon de faire la guerre mais aussi la raison de faire la guerre.
La crise du coronavirus, qui s’est soldée par une baisse drastique de notre consommation d’énergie (la consommation de pétrole a perdu près de 30% au pic de l’épidémie), est venue nous rappeler ce lien indéfectible qui existe entre la croissance, dont la définition est la valeur en Euro issue de la transformation des biens et des services, et l’énergie, que la physique définit comme la capacité mesurée en joules de transformation d’un système. Ce que le P.I.B. compte en euro, la physique le compte en joule !
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Le problème est que nous sommes aujourd’hui confrontés à une double limite. D’abord, la disponibilité de ces ressources est finie. L’AIE a donné l’alerte fin 2018 en actant que le pic de production du pétrole conventionnel avait été atteint en 2008 ! Depuis, nous ne tenons que grâce au développement des pétroles non conventionnels américains et canadiens, dont l’équilibre financier déjà précaire est aujourd’hui encore un peu plus fragilisé par la baisse de consommation et la baisse de prix induites par la crise sanitaire. L’autre souci, c’est qu’aujourd’hui cette énergie nous tue. Les émissions de CO2 qui y sont associées polluent notre air, faisant des centaines de milliers de victimes chaque année à travers le monde, et entraînent un réchauffement qui, si l’on ne fait rien, provoquera des bouleversements climatiques mettant en grave danger notre existence même !
Le réchauffement climatique, au même titre que le virus qui nous frappe, est un ennemi vicieux, car invisible. Comme la grenouille qui ne voit pas le danger si vous la mettez dans une casserole d’eau froide sur un réchaud, nous sommes en train de cuire à petit feu sans nous en rendre compte.
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Ce que la crise du coronavirus a mis en évidence sur ce point, c’est qu’avec une crise aussi violente que celle que nous traversons, nos émissions de CO2 devraient reculer de moins de 10% cette année. Si cela est une bonne nouvelle pour le climat, ça l’est moins si l’on confronte cela à l’échelle des engagements que l’on a pris notamment lors des Accords de Paris : la COP 21 vise une division par 4 de nos émissions d’ici à 2050. Plus encore, compte tenu de notre mode vie et de la démographie, l’ampleur de la réduction à opérer si nous ne voulons rien changer à nos modes de vie est une division par plus de 10 de nos émissions de CO2 ! Il nous faut donc repenser d’urgence notre modèle économique, nos valeurs.
La crise sanitaire qui nous touche aujourd’hui, en arrêtant totalement notre économie pour plusieurs semaines, nous donne l’occasion de prendre un peu de hauteur et de réfléchir au modèle de société que nous voulons remettre en place une fois ce drame passé. Certaines industries devront par exemple, être abandonnées ou repensées. Mais rien n’est facile. Et c’est dans le domaine énergétique que le challenge est peut-être le plus important. Nous devons décarboner notre économie et, pour cela, décarboner notre énergie. Le problème c’est que l’énergie est partout, et que les énergies fossiles ont des qualités inégalables.
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Il n’existe pas de solutions simples pour réaliser la transition énergétique aujourd’hui indispensable. Les énergies renouvelables, que l’on qualifie souvent d’énergies nouvelles, sont en réalité les plus anciennes au monde ! Et on ne les a pas abandonnées contraints et forcés, pour se tourner vers des solutions moins efficientes ! Y revenir pose des problèmes énormes, au premier rang desquels leur intermittence, mais aussi leur acceptabilité sociale. La disponibilité des métaux de base nécessaires à leur généralisation est aussi une limite, sur laquelle la Banque Mondiale notamment a déjà fait part de son inquiétude.
Le nucléaire, source d’énergie qui n’émet pas de CO2, pose d’autres problèmes – en particulier la gestion des déchets – et interroge, elle aussi, sur son acceptabilité sociale. Mais elle présente l’avantage, contrairement à une opinion largement répandue, d’être une des énergies la moins émettrice de gaz à effet de serre ! Il n’y a pas de solution magique. Il faudra faire des choix : a-t-on besoin de croître tous les ans pour être heureux ? Le risque nucléaire est-il acceptable ? Le coût des énergies renouvelables est-il supportable ? Et comment gère-t-on l’intermittence ? Ou les déchets radioactifs ? Le développement de l’aviation civile doit-il être limité ? Ce sont autant de questions que nous devrons nous poser en sortie de cette crise sanitaire. Et la sphère politique a bien évidemment un rôle à jouer en fixant des objectifs et des règles claires.
Bien sûr, il y a des raisons d’espérer. Les ingénieurs travaillent sur le stockage de l’électricité pour pouvoir solutionner le problème de l’intermittence, d’autres travaillent au développement de la fusion nucléaire, qui permettrait une énergie quasi infinie et presque sans déchet. D’autres enfin travaillent sur la captation du CO2. Tous ces éléments sont des lueurs d’espoir, mais la situation exige des réponses et un ajustement immédiat de notre modèle. La situation est grave, mais nous nous devons de rester optimistes, tout en prenant bien garde néanmoins de ne pas être complaisants !
Comme le rappelaient Matthieu Auzanneau et Jean-Marc Jancovici, du Shift project, dans une tribune récemment : “La France est le pays des lumières, il est temps de changer l’ampoule” ! Toutes les décisions que nous pourrons prendre pour préparer le monde d’après ne mèneront à rien si l’on ne réalise pas notre transition énergétique, et cela dans les plus brefs délais. C’est cela qui constitue, plus que jamais, notre enjeu d’avenir(s) !
Benjamin Louvet, gérant matières premières chez OFI Asset Management, achevé de rédiger le 18/05/2020

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