Qu’est-ce que Nord Stream 2, le gazoduc qui divise l’Europe, la Russie et les Etats-Unis ?

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La bataille économique et géopolitique entre Washington, Bruxelles et la Russie fait rage. L’Union européenne, Berlin en tête, et Moscou ont fermement dénoncé ce samedi 21 décembre les sanctions américaines contre le gazoduc Nord Stream 2. Entérinées la veille par le président américain Donald Trump, les mesures “affectent des sociétés allemandes et européennes et constituent une ingérence dans nos affaires intérieures”, a réagi une porte-parole d’Angela Merkel.
“Le gouvernement rejette ces sanctions extraterritoriales”, a insisté Ulrike Demmer dans une prise de position particulièrement ferme. L’Allemagne est la principale bénéficiaire du projet. Un porte-parole de l’UE a de son côté exprimé l’opposition de Bruxelles “par principe à l’imposition de sanctions contre des entreprises européennes se livrant à des activités légales”.
Contourner l’Ukraine
L’annonce jette le trouble sur l’avenir de ce gigantesque investissement d’une dizaine de milliards d’euros, quasiment terminé et dont l’entrée en service était programmée pour fin 2019 ou, plus probablement, début 2020. Construit à plus de 80%, le gazoduc sous-marin qui relie la Russie à l’Allemagne doit permettre de doubler les livraisons directes de gaz naturel russe vers l’Europe occidentale via l’Allemagne alors que 18% de la consommation annuelle de gaz naturel de l’UE provient de la Russie via l’Ukraine.
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Avec une capacité de 55 milliards de m3, autant que son frère aîné Nord Stream 1, le gazoduc représente un investissement d’une dizaine de milliards d’euros. Il est financé pour moitié par Gazprom et l’autre moitié par cinq sociétés européennes (OMV, Wintershall Dea, Engie, Uniper et Shell). Mais depuis ses débuts, de nombreux obstacles se sont dressés sur le chemin de ce projet.
Nord Stream 2 n’a ainsi obtenu que fin octobre le feu vert du Danemark pour traverser ses eaux, ce qui risque fort de retarder sa mise en service. Les nouvelles règles de l’UE sur le transport du gaz, qui demandent notamment le “découplage” des activités de production et de distribution, sont également une épine dans le pied du projet.
Aux yeux de ses défenseurs, le projets permettrait pourtant de contourner l’Ukraine. Les approvisionnements européens avaient en effet été perturbés à plusieurs reprises dans les années 2000 en raison des conflits entre Moscou et Kiev autour de la question des territoires séparatistes ukrainiens pro-russes.
Offensive américaine
Toutefois, Washington et certains pays européens – l’Ukraine, la Pologne et les pays baltes – craignent que ce tube accroisse la dépendance des Européens au gaz russe, que Moscou pourrait utiliser pour exercer des pressions politiques. Il sacrifie également les intérêts de l’allié ukrainien, qui tire ses revenus importants du transit du gaz russe vers l’Europe.
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Certains observateurs estiment également qu’au-delà du conflit géopolitique avec la Russie, l’opposition américaine au Nord Stream 2 pourrait faire partie d’une offensive commerciale des Etats-Unis. Washington est en effet un grand producteur de gaz et cherche depuis des années à accroître ses exportations de gaz naturel liquéfié (GNL) vers l’Europe.
Coup d’arrêt
Les sanctions américaines viennent mettre un nouveau coup de frein à ce projet. Première conséquence : l’entreprise suisse Allseas, qui possède le plus grand navire de pose de pipelines du monde et était engagée par le groupe russe Gazprom pour construire la section offshore du gazoduc, a annoncé la suspension de ses travaux d’installation du gazoduc. L’entreprise précise qu’elle attend à présent “des clarifications réglementaires, techniques et environnementales de la part des autorités américaines compétentes”.
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Ces sanctions, qui font partie d’une large loi portant sur le budget de défense américain pour l’année fiscale 2020, comprennent le gel des avoirs et la révocation des visas américains pour les entrepreneurs liés au gazoduc. Le département d’Etat américain doit désormais communiquer dans les 60 jours les noms des entreprises et des personnes concernées. Moscou a critiqué la mise en place des sanctions, s’en prenant à “l’idéologie américaine [qui] ne supporte pas la concurrence mondiale”. “Un Etat avec une dette publique de 22.000 milliards de dollars interdit à des pays solvables de développer leur économie réelle”, a ainsi déclaré sur Facebook la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova. “Bientôt, ils demanderont qu’on arrête de respirer”, a-t-elle ironisé.
Les États-Unis ont par ailleurs justifié leurs sanctions par leur volonté de soutenir Kiev. Mais étant donné le protocole d’accord signé vendredi 20 décembre entre les deux protagonistes pour réguler le transit du gaz russe en Ukraine à partir de 2020, les sanctions apparaissent “particulièrement incompréhensibles”, a estimé Ulrike Demmer.

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