Quand le chanvre faisait la richesse de Mortagne-au-Perche…

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Pourquoi vous êtes-vous intéressé à la production de chanvre à Mortagne ?

« Je suis arrivé dans le Perche, à Saint-Mard-de-Réno (Orne), en 1978. Je me suis aperçu que ma maison, aujourd’hui la seule du hameau, était autrefois entourée de 16 autres habitations. Au fil des années, j’ai compris que cette désertification des campagnes était liée au déclin de la production de chanvre, fin 19e. Ce phénomène m’a interpellé et j’ai débuté un travail de recherches qui a duré trois ans. »

Qu’a -t-il permis de découvrir ?

« Que le chanvre a fait la richesse de Mortagne-au-Perche et ses alentours, entre le 16e et le 19e siècle. La manufacture de Mortagne regroupait des milliers de paysans qui cultivaient le chanvre et le travaillaient chez eux, à la ferme. Ils tissaient des toiles de chanvre qui avaient trouvé un débouché international : 99 % de la production était exportée aux Caraïbes. Les toiles servaient à habiller les esclaves et à emballer les produits tropicaux qui revenaient en France. Le savoir-faire de la région était reconnu au point que les toiles étaient communément appelées Les Mortagnes. »

Le déclin a été brutal ?

« Oui, à compter de la Révolution, la culture de chanvre a commencé à péricliter. Et, sous l’Empire, les guerres napoléoniennes et le blocus continental imposé par l’Angleterre ont signé la fin du commerce maritime. Résultat, les toiles de chanvre de Mortagne ont perdu leur seul et unique débouché. Les négociants et gros tisserands qui ont fait la fortune de la ville ont laissé tomber l’activité. Et la région ne s’est jamais remise de la situation, jusqu’à la disparition totale de la production, fin 19e début 20e »

Pourtant, le chanvre a continué à être vendu ?

« Oui, non loin d’ici, dans la Sarthe, et du côté de Mamers notamment, les agriculteurs ont su s’adapter et changer de méthodes. Ils ont cultivé en plein champs des variétés plus rustiques. Ils produisaient des cordages et des voiles de bateaux. Ils se servaient de fours à chanvre spéciaux. Alors qu’à Mortagne, c’étaient les fours à pain, qui étaient utilisés. »

En lisant votre ouvrage, on comprend que la région de Mortagne a payé un lourd tribut…

« L’arrêt de la culture du chanvre a été lourd de conséquences économiques et humaines. Le chanvre a fait la richesse du paysan. Avec sa disparition, ce sont des milliers d’habitants, qui ont quitté nos campagnes. En 200 ans le Perche  a perdu le tiers de sa population. »

Pratique : « Le chanvre, une richesse oubliée. Mortagne-au-Perche et sa région. 16e – 19e siècle », 100 pages, 15 €. Disponible dans les librairies du Perche.

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