Managers, les conseils d’un coach pour vous aider à prendre des décisions

Share on facebook
Facebook
Share on google
Google+
Share on twitter
Twitter
Share on linkedin
LinkedIn

Jean-Luc, 36 ans, est l’un des dirigeants de la filiale française d’une entreprise américaine de fournitures pour le bâtiment, pour laquelle il a été recruté il y a tout juste dix-huit mois. Directeur marketing, manageant une équipe de 12 personnes, il vit sa première expérience de comité de direction. Mais cela ne se passe pas comme il se l’imaginait : il se trouve paralysé lorsqu’il doit prendre des décisions. Conséquence de cela, il se met à douter de lui, il est de plus en plus souvent en retard et son image personnelle se dégrade. Son patron, directeur général de la filiale, lui propose à l’occasion de son entretien d’évaluation de travailler sur cette dimension de prise de décision. Pour cela, il lui suggère un accompagnement en coaching avec moi.
Bon alors, qu’est-ce qui vous arrive ?
Ah là là, j’ai plusieurs problèmes. Je ne sais pas bien par lequel commencer. D’ailleurs, c’est typique de l’un de mes problèmes, qui est de ne pas savoir prendre des décisions.
Qu’est-ce que cela signifie ?
Eh bien, dès que je dois trancher, je me sens angoissé et impuissant. Je commence à mouliner à 100 à l’heure. Je demande conseil aux personnes qui m’entourent et, comme tous les avis sont différents, je suis encore plus perdu. Du coup, je remets chaque décision au lendemain sous prétexte d’y réfléchir encore, jusqu’à ce que je sois au pied du mur et que je ne puisse pas faire autrement. Et c’est une grande souffrance pour moi.
>> A lire aussi – Management : 11 conseils pour décider au quotidien
Ça ne doit pas être facile à vivre…
Oui, c’est vrai. Je suis extrêmement stressé et je n’ose pas m’exprimer en comité de direction, j’ai l’impression d’être transparent et que mes collègues se moquent de moi derrière mon dos. A force, je commence même à perdre complètement confiance en moi.
C’est vraiment un énorme problème. Je ne sais pas si je vais être capable de vous aider. Je commence moi-même à douter de mes propres capacités. Je crois que je vais aller me faire un café. Est-ce que vous en voulez un ?
Oui, volontiers…
(En me rasseyant.) Vous vous moquez de moi ou bien vous êtes déjà guéri ?
Comment ça ?
Cela fait dix minutes que vous me racontez que vous êtes incapable de prendre la moindre décision, et puis là, paf, vous en prenez une sans prévenir. Je ne vois pas ce que vous voulez dire.
Quand je me suis levé tout à l’heure pour aller préparer un café, je vous ai demandé si vous en vouliez un. Sans une seule hésitation, vous m’avez répondu : «Oui, volontiers.» Donc vous avez pris une décision, comme ça, sans l’ombre d’une hésitation.
Ah non, ça, ce n’est pas une décision !
>> A lire aussi – Avant de prendre une décision, vérifiez que la décision contraire n’est pas la meilleure
Ah bon ? Ça devient intéressant. Pourquoi cela ne serait pas une décision ?
Parce qu’il n’y a aucun enjeu. Aucune difficulté. Aucune complexité dans les options
Mmm, je vois… alors, je vais vous expliquer ce que c’est qu’une décision (en me levant et en allant au paper board). Dans le monde où je vis, nous avons une pratique que nous appelons «prendre des décisions» et qui fonctionne de la manière suivante (écrivant au tableau) : «Est-ce que vous voulez un café ? Réponse A : oui, volontiers ; réponse B : non, merci ; réponse C : ne sait pas.» Voilà ce que nous appelons prendre des décisions. Mais manifestement ça ne fonctionne pas comme ça dans le monde où vous vivez. Est-ce que vous auriez la gentillesse de prendre le marqueur et de m’expliquer en quoi ça consiste pour vous ?
(Après une longue réflexion.) Non, mais évidemment, si c’est ce que vous appelez prendre une décision, alors, j’en prends plein !
Ah bon ? Sur 100 décisions que vous avez à prendre dans une journée, combien y en a-t-il que vous prenez sans y penser parce qu’elles sont sans enjeu ? Et combien y en a-t-il qui vous posent un problème et sur lesquelles vous commencez à vous prendre la tête ?
Je ne sais pas, disons peut-être 90 ou 95 %. Mais ça n’a rien à voir.
>> Découvrez cette méthode de brainstorming pour générer de bonnes idées en deux heures chrono
Pour quelqu’un qui est incapable de prendre des décisions, je trouve quand même que 95 %, c’est un score honorable. Vous voyez, vous êtes entré dans le bureau comme quelqu’un qui se décrivait en échec total sur la prise de décision et, quand on creuse un peu, on se rend compte que le problème concerne seulement 5 % du territoire. C’est pas mal non pour un quart d’heure de coaching ?
(Rires.) Ok, vous m’avez eu. Je suppose que vous allez me demander ce qui caractérise les 5 % restants ?
Qu’est-ce que vous en pensez ?
Je pense que ce sont des décisions très compliquées, devant tenir compte de nombreux facteurs et risques. Choisir de prendre un café n’est pas compromettant. Mais avoir 50 options et devoir déterminer quelle est la meilleure, c’est complètement différent, non ?
Ah, je crois que je viens de comprendre quelque chose ! Est-ce que vous faites partie des gens qui croient à l’Eglise de la bonne décision ?
Qu’est-ce que vous racontez ? Vous êtes bizarre comme coach…
>> A lire aussi – Mon chef est indécis, que faire ?
Comment ? Personne ne vous a jamais dit que le fait de décider était une croyance religieuse ? Un acte de foi ? Mais quel dommage !
Mais, quand même, les bonnes décisions et les mauvaises décisions existent, non ?
Bien sûr, mais on ne peut jamais prédire laquelle sera bonne et laquelle sera mauvaise, c’est là toute la question. Là où il y a une notion de croyance, c’est dans l’idée qu’on peut savoir à l’avance qu’une décision va être bonne. Cette croyance est très partagée dans les entreprises et dans la société en général. Elle est à l’origine de beaucoup de conflits.
Vous voulez dire qu’on ne peut pas prévoir si une décision va être meilleure qu’une autre ?
Oui, c’est ce que je pense. On prend une décision et on s’arrange pour qu’elle soit bonne. Une fois que, à force de travail, de talent, d’acharnement, de persévérance… on finit par avoir des résultats, on regarde vers le passé et on se dit : «Ah oui, vraiment, j’ai fait le bon choix !» Donc, seul l’avenir permet de valider le bien-fondé d’une décision. Mais cela fait naître une légende d’entreprise, la légende de la Bonne Décision.
Vous y allez fort quand même. Je n’y avais jamais pensé sous cet angle.
>> A lire aussi – Dans les grandes boîtes, les managers ne savent plus décider
Admettons une seconde que ce soit vrai. Qu’est-ce que cela changerait dans votre méthode de prise de décision ? La situation serait-elle pire ou bien meilleure ? Ou alors un peu des deux ?Oh ! Eh bien, ce serait encore pire ! Savoir qu’on ne peut jamais être sûr de prendre la bonne décision… (Après quelques secondes de réflexion, ses yeux fixent le plafond.) Remarquez, d’une certaine façon, je le sais déjà, c’est même ça qui me fait tellement hésiter…
Oui ?
Mais ce n’est pas une raison pour faire n’importe quoi. Toutes les décisions ne se valent pas, même si on ne peut pas savoir laquelle sera la meilleure. Dans ce que vous avez dit, j’aime bien l’idée qu’on prend une décision et qu’on la rend meilleure a posteriori. Cela m’aide.
De quelle manière ?
(Après réflexion.) D’une certaine façon, ça me redonne des degrés de liberté. Je veux dire que ça enlève une partie de l’enjeu, justement, puisqu’on peut faire bouger les choses. Ça redonne du pouvoir. On n’est pas condamné à aller dans le mur si on a pris, euh… une mauvaise route.
Oui, les mauvaises décisions peuvent être rendues bonnes.
Ce n’est pas une raison pour prendre des décisions à la légère.
C’est vrai. Mais ce n’est pas une raison pour ne pas en prendre du tout parce qu’on est paralysé par les conséquences éventuelles. Dans la religion de la bonne décision, la mauvaise décision, c’est le diable. C’est une religion qui voit un peu le monde en noir et blanc, vous ne trouvez pas ? Carrément. J’ai l’impression qu’un poids s’est enlevé de mes épaules.
Si vous deviez donner un nom à ce poids, pour coller une étiquette dessus avant de le déposer dans la poubelle ou aux objets trouvés, que serait-il ?
Le poids du destin ? (Rires.)
C’est plutôt bien trouvé. Dans la tragédie classique, le destin était écrit d’avance et il avait toujours le dernier mot. Les humains se faisaient écraser par lui et tout le monde mourait à la fin. Et maintenant que le poids du destin a glissé de vos épaules, la tragédie peut devenir un roman.
Qu’est-ce que vous voulez dire ?
Dans le roman, il y a des héros qui font des choix qui leur permettent de lutter contre la fatalité du destin et de modifier leur vie. Eh bien, on pourrait dire que vous êtes entré dans ce bureau avec une tragédie et que vous en sortez avec un roman ?
C’est pas mal, je vais m’en souvenir la prochaine fois que j’aurai du mal à prendre une décision. Je m’imaginerai en toge en train de jouer de la lyre. (Rires.)
Et moi, je vous verrai plutôt comme un capitaine à la barre de son navire en train de régler ses voiles pour tirer le meilleur parti du vent.
C’est sûr, c’est mieux que la toge !
Après l’entretien…Jean-Luc, libéré d’un poids, a rapidement constaté qu’il n’était plus paralysé à l’idée de prendre des décisions importantes…
Après notre entrevue, j’envoie à Jean-Luc le petit texte suivant, à afficher sur son bureau ou à proximité. «Prendre une décision, ce n’est pas une tragédie, mais un roman dont je suis le héros !»
Ce changement de perspective a été fondamental pour Jean-Luc. Sa façon de prendre des décisions a été radicalement modifiée. Bien sûr, l’anxiété attachée au fait de faire des choix importants pour l’entreprise et pour l’équipe n’a pas disparu, mais, au lieu de le paralyser, elle a plutôt servi à diriger son énergie vers l’élaboration d’un plan d’action détaillé pour rendre sa stratégie «suffisamment bonne», au lieu de rester prisonnier de la fiction de prendre la seule bonne décision possible.
>> Notre service – Trouvez la formation professionnelle qui dopera ou réorientera votre carrière grâce à notre moteur de recherche spécialisé (Commercial, Management, Gestion de projet, Langues, Santé …) et entrez en contact avec un conseiller pour guider dans votre choix.

Plus d'articles

Recevez votre fiche de calcul

Une fiche de calcul simple pour evaluer le potentiel de rendement d’un investissement!