LVMH vs Kering : qui sera le plus écolo ?

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En juillet dernier, LVMH nouait un partenariat avec Stella McCartney pour épauler la forte croissance de cette maison pionnière de la mode éthique. Une belle prise de guerre pour le groupe de Bernard Arnault, devenu actionnaire de la griffe britannique en lieu et place de son rival Kering qui l’a soutenue jusqu’à leur séparation à l’amiable en 2018. Dans cette nouvelle configuration, Stella McCartney demeure directrice artistique et ambassadrice de la marque qu’elle a fondée, tout en conseillant LVMH sur les problématiques de développement durable, comme elle le faisait auparavant chez Kering. En août, ce dernier défrayait à son tour l’actualité en présentant au G7 le «Fashion Pact», qui rassemble plusieurs grands noms du luxe (Chanel, Ferragamo, Armani, Hermès, Moncler, Prada, Stella McCartney…) soucieux de réduire leur impact environnemental jusqu’à atteindre la neutralité carbone en 2050.
Reste que LVMH a refusé de signer cet accord initié par son concurrent. «LVMH défend des jalons réalistes, à court terme, quantifiables et contraignants», justifiaient Bernard Arnault et son fils Antoine, le 25 septembre, jour de présentation des engagements RSE du groupe qu’ils dirigent. Et Bernard Arnault de conclure le débat en assénant qu’il préférait «les actes au pacte», pour souligner en creux les limites du Fashion Pact qui, il est vrai, ne prévoit pas d’objectifs quantifiés sur le court terme.
Cette rebuffade n’a pas découragé Kering de poursuivre dans la voie du mieux-disant environnemental. En septembre, il s’engageait à atteindre rapidement la neutralité carbone. En octobre, il annonçait un partenariat avec la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES en anglais) qui se veut à la biodiversité ce que le Giec est au climat. Le même mois, le groupe de François-Henri Pinault lançait un hackathon dédié au luxe durable pour mettre au point des solutions numériques évaluant l’impact de la mode sur l’environnement. Suite de la rivalité LVMH-Kering à la prochaine étape… Par les temps qui courent, pas un mois ne s’écoule sans que l’un ou l’autre des deux géants français du luxe ne tente une échappée pour prendre le leadership sur le développement durable et ne le fasse savoir urbi et orbi.
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Il est bien révolu le temps où le luxe appliquait l’adage «le bien ne fait pas de bruit et le bruit ne fait pas bien» sur les questions de RSE… Mais, à y regarder de plus près, si LVMH et Kering médiatisent leurs ambitions, ils n’utilisent pas les mêmes bases de calcul ni les mêmes méthodes. A l’horizon 2025, Kering promet, par exemple, de réduire de 50% ses émissions de gaz à effet de serre (GES) liées à ses activités propres et à sa chaîne d’approvisionnement externe par rapport à 2015. Pour y parvenir, l’entreprise s’appuie sur un «compte de résultat environnemental» qui mesure l’impact de ses activités, de la fabrication des produits jusqu’à leur vente. De son côté, le groupe LVMH affirme être en passe d’atteindre son objectif de -25% des émissions de GES liées aux consommations d’énergie de ses activités propres sur la période 2014-2020 et les avoir déjà réduits de 16% depuis 2013. Mais son périmètre est plus restreint que celui de Kering, ce qui fausse la comparaison.
Pour ne rien arranger, l’Observatoire des multinationales, une association qui suit les politiques RES des firmes cotées, conteste ces résultats. Selon ses calculs, les émissions de GES ont augmenté de 17% chez Kering et de 26% chez LVMH depuis la signature de l’Accord de Paris en 2015. A quels chiffres donc se fier ? En ce qui concerne LVMH, «les deux sont exacts», reconnaît Sylvie Bénard, directrice de l’environnement à LVMH. Mais, là encore, les chiffres de l’Observatoire et ceux du groupe de Bernard Arnault ne se fondent pas sur le même périmètre. «LVMH a intégré dans son bilan environnemental Dior Couture et le bagagiste allemand Rimowa racheté en 2016. A périmètre égal, nous avons effectivement réduit nos émissions de 16% depuis 2013, alors que nos ventes augmentaient d’environ 50% sur cette période», poursuit Sylvie Bénard. N’ayant pu obtenir de réponse de Kering, nous ne disposons pas d’éclairage sur la distorsion entre ses chiffres et ceux publiés par l’Observatoire.
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Non seulement les deux frères ennemis du luxe n’utilisent pas les mêmes bases de calcul, mais ils s’engagent dans des voies divergentes pour alléger leur empreinte carbone. «Face à l’urgence du changement climatique, il n’est plus possible d’attendre», déclarait en septembre dernier François-Henri Pinault. Le PDG de Kering, estimant insuffisant les programmes de réduction des émissions de GES, a enclenché un deuxième levier, à savoir la compensation pour celles qui demeurent incompressibles. Ce système consiste pour une entreprise à financer des actions permettant de compenser ses émissions, notamment par la plantation d’arbres ou la préservation de forêts. Ce faisant, Kering affirme pouvoir atteindre la neutralité carbone pour l’ensemble des activités du groupe et de sa chaîne d’approvisionnement dès cette année, en compensant les 2,4 millions de tonnes d’équivalent CO2 émis en 2018.
A l’inverse, LVMH refuse de s’engager dans cette voie promue par des économistes qui militent pour l’introduction de mécanismes de marché dans la gestion des GES et plus généralement des dommages environnementaux. «La compensation est une solution de facilité qui ne pousse pas à faire des efforts, d’autant que le prix de la tonne demeure très bas. Et, à moyen terme, ça n’est pas très efficace selon les scientifiques. Les arbres plantés quand il fait chaud émettent plus de GES qu’ils n’en captent», justifie Sylvie Bénard. En vertu de quoi le géant du luxe a créé un fonds carbone en interne, qui a fixé, en 2018, à 30 euros le prix de la tonne émise. Un dispositif qui a permis de financer, à hauteur de 11,3 millions d’euros, 112 projets de réduction de ses émissions.
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Face à cette profusion d’initiatives et à ces controverses, les agences de notation qui évaluent les performances RSE des entreprises parviennent tout de même à départager les deux groupes. Et, en 2019, Kering a incontestablement remporté le maillot vert, LVMH faisant au mieux figure de Poulidor dans la compétition. A l’agence française Vigeo Eiris, Kering obtient un score RSE de 64 sur 100, ce qui lui confère la 2e place en Europe, et la 51e sur 4.906 entreprises cotées dans le monde, tous secteurs confondus. «Kering démontre des engagements de responsabilité sociale particulièrement avancés en matière de protection de l’environnement, de respect des droits de l’homme et de respect de l’éthique des affaires», détaille Fouad Benseddik, directeur des méthodes chez Vigeo Eiris. Avec un score RSE de 53, LVMH émarge au 4e rang en Europe et au 234e à l’échelle mondiale. Les paris sont ouverts pour 2020…
Les autres agences confirment cette hiérarchie. Le groupe de François-Henri Pinault affiche un score de 137 avec Sustainalytics et de 118 avec CSRHub, contre respectivement 337 et 154 pour LVMH (le chiffre bas correspond ici à une meilleure performance). Par ailleurs, Kering arrive en 3e position dans le classement des 200 entreprises les plus durables de Corporate Knights et à la 24e place des 150 firmes cotées les plus avancées dans leur transition vers une énergie propre dans le classement Carbon Clean 2019, quand LVMH, lui, n’y apparaît pas.
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Cette année c’est Kering qui est le plus vert
Kering > 2e en Europe du classement Vigeo Eiris des entreprises responsables.
> Réduction de 50% de ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2025.
> Compensation des émissions de GES par plantations d’arbres.
> Un hackathon pour mesurer l’impact de la mode sur l’environnement.
LVMH> 112 projets de réduction de son empreinte carbone financés en 2018.
> 25% de réduction de ses émissions de GES depuis 2014.
> 16% de réduction de ses émissions, malgré des ventes en hausse de 50%.
> Création d’un fonds carbone interne doté de 11,3 millions d’euros.

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