Les laboratoires publics américains au cœur d’un scandale sur la maltraitance des animaux

Share on facebook
Facebook
Share on google
Google+
Share on twitter
Twitter
Share on linkedin
LinkedIn

L’affaire est plutôt embarrassante pour les laboratoires publics américains. Souris mortes de chaud, d’autres mortes de faim et de soif, primates laissés dans des pièces éclairées en permanence : les prestigieux Instituts nationaux de santé (NIH) ont commis des dizaines de violations des règles sur le bien-être des animaux utilisés pour la recherche, selon des documents internes fournis par l’association PETA. Un total de 31 incidents de maltraitance animale ont été recensés sur une période de 22 mois allant de janvier 2018 à octobre 2019, selon des documents obtenus par PETA grâce à la loi américaine sur la transparence.
Les violations se sont produites dans plusieurs centres de recherche dans des domaines aussi variés que le diabète, la santé des enfants ou la santé mentale. La plupart sur le campus principal à Bethesda, en banlieue de Washington, mais également sur un site à Hamilton, dans le Montana. Les NIH ont reconnu les incidents et déclaré que tous avaient fait l’objet d’une enquête du Bureau pour le bien-être des animaux de laboratoires (Olaw). Les procédures ont également été changées, selon les NIH.
Conditions de vie
Mais des associations de défense des animaux, dont celles qui, contrairement à Peta, ne sont pas idéologiquement opposées à l’emploi d’animaux dans la recherche médicale, ont dénoncé des violations scandaleuses. “Les lois et les réglementations sont là pour minimiser la souffrance des animaux, la douleur, le stress”, dit Eric Kleiman, de l’Animal Welfare Institute, qui estime les documents “choquants”. “La formation, les soins vétérinaires, à manger et à boire : c’est la base absolue. S’ils n’arrivent même pas à faire cela bien, ils ne devraient pas pouvoir s’approcher d’animaux, c’est aussi simple que cela”, dit-il.
>> A lire aussi – Les sommes astronomiques versées par les laboratoires pharmaceutiques aux CHU en 2018
De la découverte de l’insuline grâce à des chiens, au développement l’an dernier d’un traitement contre Ebola avec des souris génétiquement modifiées, en passant par des thérapies contre le cancer, la recherche sur les animaux est jugée indispensable au progrès médical par des armées de scientifiques. Mais des textes stricts encadrent les conditions dans lesquelles les chercheurs peuvent tester des médicaments ou des procédures sur les animaux : la taille des cages, la température des pièces, les besoins sociaux des animaux, les visites vétérinaires, ainsi que les soins d’hygiène après une opération sites de recherche fédéraux sont soumis à une réglementation détaillée, qui concrétise une grande loi promulguée en 1966 par le président Lyndon Johnson, l’Animal Welfare Act. Mais contrairement aux laboratoires d’universités ou privés, les laboratoires fédéraux ne sont pas soumis aux inspections du département américain de l’Agriculture : ils sont censés s’auto-contrôler. La révélation des multiples violations en 2018 et 2019 démontre que cette auto-régulation a échoué, dit Alka Chandna, responsable des enquêtes sur les animaux de laboratoires chez Peta.
Pas moins de cinq fois, des souris sont mortes de faim ou déshydratées parce que personne n’a pensé à leur donner de l’eau et de la nourriture. “Le problème n’a pas été remarqué pendant les vérifications quotidiennes”, selon un rapport datant de juin 2018. D’autres exemples illustrent l’incompétence des personnels chargés des soins des animaux, selon Alka Chandna. Ainsi ce chien brûlé par la couverture électrique qui lui avait été donnée parce que la pièce était trop froide. Personne n’a vérifié que la couverture fonctionnait bien.
Pas de sanction
Un incident a concerné 13 souris qui sont mortes ensemble en une nuit à cause du système de chauffage. En juillet 208, un chercheur a injecté une solution saline dans 15 poissons-zèbres, alors que la procédure n’avait pas été approuvée. Quatre sont morts sur le coup. Trois semaines plus tard, le même protocole, toujours pas approuvé, a été répété sur 18 poissons : sept sont morts et 11 ont dû être euthanasiés.
>> A lire aussi – Des salariés étudiés comme des rats de labo’… pour le bien des neurosciences
Aucune sanction importante ne semble avoir suivi. Le responsable d’un bâtiment où des primates sont restés cinq mois dans des pièces constamment éclairées, un acte qui serait qualifié de torture pour les humains, a été convoqué à un entretien et on lui a ordonné de contrôler chaque jour les lumières, selon un rapport de mars 2018. Un vétérinaire qui n’a rien fait après avoir été prévenu par un vétérinaire technicien de laboratoire qu’une femelle singe était très malade a été remplacé. Mais on ignore s’il a été licencié ou muté.
Pour Paula Clifford, directrice d’Americans for Medical Progress, une association qui défend la recherche avec des animaux, il est essentiel de remettre ces révélations dans leur contexte. “Etant donnée la taille des NIH et le très grand nombre d’animaux en leur possession, ces incidents sont en réalité assez rares et ne représentent qu’une petite minorité des dizaines de milliers d’animaux utilisés dans la recherche”, dit-elle. Les instituts ont également affirmé que “les sites des NIH ont mis en place de nombreux changements pour empêcher que [ce type d’attitude] ne se reproduise”.

Plus d'articles

Dossier Exclusif Covid-19

Comment protéger son épargne et ses investissements après la crise du Covid-19.

Dossier exclusif avec:

Comparez le rendement d'un livret A, et un investissement alternatif.

Une fiche de calcul simple pour évaluer le potentiel de rendement d’un investissement alternatif