Les avantages et les inconvénients du “flex office”

Share on facebook
Facebook
Share on google
Google+
Share on twitter
Twitter
Share on linkedin
LinkedIn

Chaque matin, c’est le même routine : la course aux bonnes places. Et la fuite des mauvaises: “Si j’ai le bureau près des toilettes, je rentre à la maison !”, sourit Dominique, chargé de la formation continue dans un institut économique parisien. Chez Orange, à Lyon, Gilles, informaticien, a trouvé la parade : “J’arrive tôt le matin et j’ai toujours la place que je veux.” En flex office, ces espaces de travail où plus personne ne dispose de bureau attitré, 24% des salariés se livrent à ce nouveau sport quotidien, révèle une étude de l’Observatoire Actineo et Sociovision, de 2019.
Qu’on la nomme desk-sharing, bureau dynamique, bureau lib’, free seating ou ownerless desk, la flexibilisation des espaces de travail est en vogue au sein des grands groupes. Objectif : réduire les coûts immobiliers alors que désormais, le taux d’occupation des bureaux ne dépasse pas 30%. “Du coup, l’employeur fait du surbooking [la surréservation consiste à vendre un nombre de places supérieur à la quantité disponible]”, résume Michel Weber, ingénieur au centre informatique de PSA, à Bessoncourt, territoire de Belfort, dont l’un des bâtiments est en flex office depuis dix-huit mois.
>> A lire aussi – Travailler sans bureau fixe ? Oui, mais sous certaines conditions…
A la longue, changer chaque jour de bureau crée des tensions de toutes sortes. Pour les limiter, selon l’étude Actineo, 8% des entreprises proposent des systèmes de réservation, notamment via des applis. Ce qui n’empêche pas certains de s’incruster au même endroit tous les jours ou de ruser pour échapper à la rotation obligatoire. “Quand je suis arrivé dans le service, j’ai frôlé le clash : j’avais réservé une place préemptée de façon tacite par un ancien de la maison, raconte Dominique. Il a dû me céder le bureau à contre-cœur, genre c’est bon pour cette fois, mais qu’on ne t’y reprenne plus ! Ici, le sujet est tabou.” Ambiance !
Chez PSA, ce sont les chefs qui font de la résistance. “Les dix managers se sont accaparé les box pendant deux mois, à tour de rôle, avec cet argument : “J’avais un bureau avant, je me prends un box !” Jusqu’à ce que ça se tasse”, raconte Michel. Ici et là, des salariés, comme au cinéma, gardent la place d’à côté pour les copains. Mais le pire, raconte Solange, chez Orange, ce sont les mails de rappel à l’ordre de la DRH, outillée pour localiser les salariés en flex office : “Pas deux fois à la même place !” “On se sent vite coupable de ne pas être là où on devrait”, soupire la jeune femme. Chez PSA, à Bessoncourt, les box sont vitrés. “On voit tout ce qui s’y passe, souligne Michel. Et on s’interroge : recadrage ? Projet secret ? Qu’est-ce qu’ils font ensemble ceux-là ?”
>> A lire aussi – Le “flex office” créé-t-il des inégalités entre les salariés ?
Sans oublier les problèmes matériels. “Ceux qui ont des sièges spéciaux pour le dos, ils vont les balader d’espace en espace ?” interroge Philippe de Araujo, délégué syndical central CFE-CGC chez Spie ICS, une société d’infogérance, à Malakoff, passée en flex office mi-octobre. Et que dire des va-et-vient sur les plateaux pour aller chercher ses affaires dans les casiers au bout de la salle? “Je n’ai jamais mis moins d’une demi-heure pour récupérer mes dossiers dans mon caisson attribué, installer mon pot de crayons, brancher mon ordinateur, régler l’écran à la bonne hauteur… et moins d’une demi-heure le soir pour tout refaire en sens inverse, y compris le nettoyage du bureau”, calcule Dominique.
Tout aussi déstabilisante pour les salariés, l’organisation en activity based office ou zoning, avec ses espaces strictement réservés à une activité ou à un métier. “Chez Spie ICS, nous n’avons plus le droit de manger à notre bureau, de déambuler avec un gobelet de boisson à la main, sauf avec de l’eau, de s’installer à un autre étage, d’avoir une machine à café à nous, même au bout du couloir. Pour tout ça, il faut aller dans la zone spécifique, au rez-de-chaussée. Où est la convivialité là-dedans ?” s’exclame l’élu CFE-CGC. “Les lieux de détente, babyfoot, cafétéria, ou les salles de réunion où on peut écrire sur les murs ne servent qu’à compenser la déterritorialisation des bureaux, car l’individu ne peut plus personnaliser son espace de travail”, analyse Delphine Minchella, enseignante-chercheuse en spatialité à l’école de commerce EM-Normandie.
>> Notre service – Vous cherchez un emploi ou voulez en changer ? Retrouvez des milliers d’offres sur notre site
Exit les photos de famille, les plantes vertes, les posters, le poisson rouge… Pour contourner l’interdit, les salariés collent des affiches ou dessins d’enfant à l’intérieur de leurs armoires ou transportent une décoration minimale d’étagère en étagère. Ainsi, Dominique n’a eu aucun état d’âme à jeter ses archives professionnelles pour ranger à leur place, dans son caisson, ses livres perso et les babioles qui lui appartiennent. “En gros, j’ai jeté toute la matérialité du lien entre moi et mon entreprise”, raconte-t-il. “S’il n’y a plus de bureau, c’est une part de soi qu’on abandonne, précise François-Xavier, ingénieur exploitation chez Orange, à Lyon. L’entreprise ne reconnaît plus notre place en son sein. On a “une place” mais pas “sa place.”

14% des actifs français sont concernés par le flex office. Parmi eux, 22% se déclarent insatisfaits de la qualité de vie au travail (contre 13% en moyenne chez ceux qui ont un bureau).Et comme on change de voisin chaque jour ou presque, plus personne ne vous salue, déplore Delphine Minchella. “Une étudiante, stagiaire dans une entreprise en flex office, m’a confié qu’elle avait l’impression de travailler dans une bibliothèque universitaire : on arrive, on s’installe au milieu d’inconnus, on bûche en silence et on repart avec son cartable. L’organisation devient un lieu de passage, dépourvu de rituels.” Beaucoup se sentent devenir des numéros interchangeables.
>> A lire aussi – Ils bossent sans bureau fixe, ils témoignent
Quant au manager qui siège dans l’arène, au milieu de ses troupes, il éprouve souvent un sentiment de déclassement. On ne le distingue plus des autres, et il n’est pas mieux accepté pour autant. “Il y a une certaine ambivalence à mixer cadres dirigeants et employés, remarque l’ethnologue Laurent Assouly. On veut tendre vers la normalité, gommer la disparité hiérarchique, mais travailler à côté de quelqu’un qui gagne 5 à 10 fois plus que soi est un dispositif à double tranchant, propre à susciter de la frustration.” Certaines barrières ne sont pas près de tomber !
>> A lire aussi – 9 astuces pour être épanoui en entreprise
L’espace de travail idéal
Si vous aviez le choix, où aimeriez-vous travailler ?

59% : A un poste de travail réservé dans un bureau individuel fermé

38% : A un poste de travail réservé dans un bureau collectif de petite taille

31% : A un poste de travail réservé dans un espace collectif ouvert, avec bulles de confidentialité et salles de réunion de proximité.
Source : Enquête en ligne Actineo/Sociovision réalisée auprès de 1.218 salariés travaillant dans un bureau, février 2019

Plus d'articles

Dossier Exclusif Covid-19

Comment protéger son épargne et ses investissements après la crise du Covid-19.

Dossier exclusif avec:

Comparez le rendement d'un livret A, et un investissement alternatif.

Une fiche de calcul simple pour évaluer le potentiel de rendement d’un investissement alternatif