Le jargon du bureau : parlons du “wording”

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“Venez dans mon bureau Martin, je voudrais modifier le wording de ma présentation”, dit une chef de projet à son stagiaire. Celui-ci va donc revoir sa copie. De l’anglais word, qui signifie “mot”, le wording désigne la rédaction, la formulation d’un texte. Il y a quelques années, un célèbre magazine magazine revendiquait “Le choix des mots, le choc des photos”. On dirait maintenant “Le wording et l’icono”. A l’origine, le wording désignait une activité précise du marketing sur Internet : la terminologie. Le choix des termes qui, sur un site Web, émaillent les catégories de produits, les menus déroulants, les boutons “action” (sur lesquels on clique). “Fiche pratique : développez vos ventes grâce au wording produit”, promet par exemple un expert en e-commerce. Sur Internet, le lecteur saute de lien en lien. Leur intitulé, ceux des titres et des rubriques sont donc stratégiques pour l’accrocher : toutes les formulations n’ont pas le même retour sur investissement.
A l’heure où la plupart des documents se numérisent et où l’attention s’amenuise, les techniques du wording pour capter l’attention se généralisent à tous les types d’écrits. Grâce à sa terminaison en “ing”, le terme wording suppose une efficacité. Lapidaire, il fait comprendre que l’on n’est pas dans la fioriture, mais dans l’écriture “à impact”. On parle là de “rubriquage” d’un site, de “nommage” de fichiers, de “call-to-action” d’un bouton, pas de littérature. Pas de déception, pas d’équivoque, c’est technique. “Pour éviter les quiproquos, nous avons modéré le wording”, précise par exemple une journaliste scientifique à propos du compte rendu d’un séminaire. Cette prudence du wording finit d’ailleurs par lasser. Comme le storytelling, la discipline est soupçonnée de manipulation. Le terme devient ainsi synonyme d’habillage corporate. “Plan de sauvegarde de l’emploi” remplace le mot licenciement, “espace dynamique et flexible” celui d’open space et “eldorado pour investissements stratégiques” figure en lieu et place de “paradis fiscal”. “Wording” se classe ainsi au sommet des hit-parades des expressions de bureau les plus exaspérantes.
>> Test psycho – Que dit votre langage de vous ?
Alexandre des Isnards est l’auteur du “Dictionnaire du nouveau français” (Allary Editions). Retrouvez tous ses articles sur le jargon du bureau sur notre site.

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