La prise de conscience des citadins après la crise sanitaire peut-elle provoquer un boum immobilier en Creuse ?

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Éric Rapinat est l’un des principaux opérateurs du marché immobilier sur Guéret puisqu’il intervient à la fois sur le marché des particuliers, l’immobilier commercial et sur la construction (de maisons individuelles en bois). :  « En pleine crise sanitaire, j’ai des demandes de gens venus d’ailleurs qui veulent construire des maisons écologiques en Creuse. Ce ne sont pas des rêveurs, mais des gens déterminés avec des budgets conséquents de 200.000 à 300.000 euros ».

Le bonheur simple de déjeuner à midi chez soi…

Et la tendance va s’accentuer, selon Éric Rapinat : « Le confinement va faire prendre conscience aux citadins que vivre au milieu de la nature, ça n’a pas de prix, comme le bonheur simple de pouvoir déjeuner le midi chez soi parce qu’on est à 10 minutes de son travail. La vie après le Covid, ce sera le retour à l’essentiel ».La crise devrait permettre « aux salariés comme les entreprises de valider le télétravail comme une option opérationnelle. En Creuse, on est à trois heures de Paris, Bordeaux ou Lyon », vante le promoteur guérétois.

LA CREUSE VUE du CIEL, VUE d’AVION, été 2019. Illustrations des paysages, monuments, sites naturels, infrastructures, villes et villages de la Creuse réalisées les 28 juillet et 4 août 2019. : avec le concours de l’aéroclub de la Creuse. Photos Floris Bressy 

« Les habitants des métropoles vont fuir et pas temporairement. S’il y a une baisse de l‘immobilier ce sera dans les grandes villes. Nous, on ne risque pas grand-chose. Le prix moyen d’une acquisition, ici, c’est 80.000-90.000 euros. ca ne peut que monter. Celui qui arrive en Creuse après avoir vendu un F2 à à Paris, même en ayant perdu quelques plumes, il peut acheter un château ! ».

Éric Rapinat croit tellement à ce « boum immobilier », qu’il envisage de recruter quatre collaborateurs (il en a six actuellement).

Son pronostic ne s’appuie pas seulement sur l’anticipation du contrecoup de la crise sanitaire : « Je n’aurais pas dit a même chose il y a dix ans mais si ça peut se passer en Creuse et pas ailleurs c’est qu’il y a un réel intérêt pour le département. Entre le cannabis thérapeutique et les interventions du député Moreau, il ne se passe pas une semaine sans que ce département soit cité dans les médias nationaux. Les citadins vont se rendre compte qu’on a tout ici ! »

 La pandémie montre aujourd’hui qu’être à l’écart des grands courants d’échange préserve aussi des miasmes. Les territoires hyperruraux du Massif central sont parmi les plus épargnés par le Covid-19.

Eclairages

Bruno Depresle.?Haut fonctionnaire au ministère de l’Environnement. Porteur du projet de navette ferroviaire autonome NGV rail. Olivier Babeau. ?Économiste libéral, professeur à l’université de Bordeaux. Président du Think tank Institut Sapiens. Chroniqueur au Figaro. Michel Abhervé.?Professeur associé à l’uiversité de Paris Marne-La-Vallée. Spécialiste de l’ESS. Chroniqueur à Aternatives économiques. Simon Charbonneau.? Ancien professeur en droit de l’environnement. Université de Bordeaux. Militant écologiste. Fils de. Bernard Charbonneau maître à pensée du mouvement de la décroissance.

Comme le résume Bruno Depresle, haut fonctionnaire qui a des attaches près de La Souterraine : « « Comme dans toutes les crises épidémiques, les territoires hyperconcentrés, hyperconnectés au reste du monde, sont soumis un double facteur de vulnérabilité. Madrid, Milan, New York ou Paris : c’est là où l’on dénombre le plus de morts dans leurs pays respectifs ».

Dans une tribune publiée sur le site de l’institut Sapiens , l’universitaire bordelais Olivier Babeau dresse ce constat : « Pour beaucoup, les villes sont devenues des prisons absurdes où l’on réside dans le seul but de gagner assez d’argent pour avoir les moyens d’y résider… Trois habitants sur quatre rêveraient d’en sortir, mais l’absence d’emplois dans les territoires moins densément peuplés les oblige à participer à l’incroyable course à l’échalote des prix de l’immobilier ». 

Les atouts de la Creuse, une évidence à l’heure du confinement (17.03)

Olivier Babeau, qui raisonne froidement, prédit que : « si des épisodes de confinement se reproduisent régulièrement, les logements exigus des villes pourraient bien devenir insupportables pour beaucoup, faisant chuter leur prix ».Et le principe de « distanciation sociale » pourrait s’étirer au point que « demain, il se pourrait bien que l’on achète le privilège d’être éloigné des autres ». L’« exode de la mi-mars d’une partie de la population des métropoles a montré que cela n’était pas l’apanage de toutes les catégories sociales.

PAYSAGE. Bénévent et alentours vus du haut du clocher de l’abbaye. à l’occasion des travaux de toiture sur l’abbaye. Printemps 2019. 22-03-2019. Photos Floris Bressy. 

L’économiste Michel Abhervé pointe les inégalités que la crise sanitaire révèle crûment : « Ceux qui font tourner le pays actuellement ne travaillent pas à distance ».Les avantages comparatifs des territoires ruraux en cas de crise sont évidents, à condition qu’ils ne se contentent pas de « voir leur chance dans la malchance des autres », analyse Bruno Depresle.

« Ces territoires pourraient sortir plus vite de ce type de confinement. Ils pourraient développer leur propre résilience et participer à la résilience nationale. À condition qu’ils disposent des infrastructures suffisantes ».

Réseaux numériques, de santé, développement endogène, c’est la clé pour sortir de la « sujétion dans laquelle les maintient la théorie du ruissellement des métropoles vers les zones périphériques », soutient Bruno Depresle.

Quel modèle de développement ? 

Depuis sa retraite de Bonnat, le penseur écologiste Simon Charbonneau ne voit pas dans l’accès « à la technologie et à l’intelligence artificielle » la seule chance d’attractivité de la Creuse : « Il y a quelques décennies, les Basques ont choisi avec succès l’agriculture paysanne alors que le Béarn s’engageait dans l’agriculture productiviste. Le choix de la qualité, c’est aussi celui de la Suisse ou de l’Autriche ».Pour Michel Abhervé, seules des bonnes connexions pourront décider le « cœur de cible » du rebond démographique creusois : « Ces familles avec de jeunes enfants, qui auront constaté, encore davantage à l’occasion de cette crise, que les conditions de vie dans les petits appartements étaient difficiles ».

Julien Rapegno

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