“La décroissance est positive pour l’environnement mais gare à la crise sociale”

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Moins vite, moins haut, moins fort : c’est le nouveau credo. L’inverse exact de la devise olympique… Manque d’ambition ? Non : c’est l’Éco… low. L’abaissement, la régression (que certains préfèrent nommer la décroissance), les 3 R… On ne va pas revenir sur le détail ici des éléments constitutifs de la régression / décroissance : tout a déjà été dit. Non, la vraie question est : est-ce que cela “marche” ? Et la réponse est : oui ! … Cela fonctionne : on en a fait deux fois l’expérience grandeur nature, à près de dix ans d’intervalle, à l’échelle de la planète entière en ce début de 21ème siècle…
La première fois, ça a été suite à la Grande Récession de 2008 où l’économie mondiale d’abord financière puis réelle a implosé sur elle-même. Le PIB mondial a chuté de manière vertigineuse, la production s’est quasiment arrêtée, le commerce international aussi, entraînant malheur, chômage pauvreté et détresse pour la plupart (pour les 0,1 % “premiers de cordée”, il en a été tout différemment, en fait ils s’en sont mieux portés) … mais simultanément tous les indicateurs “écolos” se sont mis au vert… Puis, dès que l’activité “normale” est repartie, ils ont de nouveau viré au rouge.
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Plus près de nous, la seconde occurrence, c’est en 2020, avec la crise du Covid et le lock-down qui s’en est suivi. Le même scénario s’est reproduit, mais en plus accentué (la baisse du PIB ayant été plus brutale et plus profonde)… Ainsi, la décroissance / régression est effective en ce sens qu’elle a un effet bénéfique, mesurable, indéniable, sur l’environnement. Mais il faut poursuivre le raisonnement jusqu’à son terme.
La dernière fois que la planète était à la limite de la rupture de son équilibre au sens environnemental, c’est à dire où l’ensemble de ses systèmes, ressources et capacités de régénération étaient utilisés, saturés, à 100%, remonte à 1970. Depuis, la planète et en constant overshoot (elle consomme plus qu’elle ne peut naturellement régénérer) ; et chaque année un peu plus. En 2020 le point de rupture (l’overshoot) sera dès… le mois d’août !
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Or, depuis 1970, le PIB mondial a été multiplié par trois (ramené en termes de 1970). Autrement dit, pour revenir à un état d’équilibre soutenable, nous devrions diviser par trois notre “train” / niveau de vie actuel. Dur ! De renoncer collectivement aux deux-tiers de son train de vie… Sauf que ce n’est pas tout… car en 1970 nous étions 3,7 milliards à nous partager le PIB mondial… Or aujourd’hui nous sommes 7,8 milliards à nous “partager le gâteau”… Et comme le “gâteau” doit, au maximum, rester dans le “moule” de 1970, cela veut dire qu’individuellement, chacun de nous sur la planète doit, en moyenne, réduire son train de vie de… 84 % ! Et là, c’est une autre paire manches…
Déjà que c’est difficile à imaginer, à avaler, au niveau d’un Européen, qui peut nourrir quelques nostalgies (réelles ou fantasmées) à l’égard de la vie en 68 ou 70, c’est encore plus difficile à “vendre” à un Indien ou un Chinois (qui à eux deux représentent une part significative de l’Humanité).
Qui, en Chine , voudrait revenir au temps de Mao, ce “bon vieux temps” où tous roulaient à vélo, et mangeaient un bol de riz par jour, alors que maintenant la “nouvelle classe moyenne” du premier marché automobile mondial roule en Porsche, Audi, Volkswagen (Volkswagen y est le premier producteur de voitures), achète nos châteaux, nos cognacs, nos carrés Hermès , sacs Vuitton et parfums de marque pour des milliards d‘euros, et contribuent donc à nos emplois et notre richesse par voie de conséquence (pro memoria, LVMH est la première capitalisation du CAC avec 200 milliards d’Euros).
Sans même parler de ce que ce type de discours peut inspirer aux pays en développement, notamment en Afrique subsaharienne, qui espèrent encore ne serait-ce que l’avènement de… l’électricité (le taux d’électrification y est de l’ordre de 30 %, avec des pays comme le Mali (23,7%), la Somalie (19,1%), Madagascar (16,8%), ou encore la République démocratique du Congo (13,5%), le Liberia (9,1%), le Tchad (8%), le Burundi (7%), et le Soudan du Sud (4,5%)) .
Donc, si la régression / décroissance est une cure qui fonctionne, prouvée par les faits en 2008 et 2020, son acceptation sociétale est loin d’être évidente… quant à l’imposer par la force ou la punition, voire une certaine forme de violence ou de coercition, cela reste à voir … car on pourra décréter toutes ECO-Laws (lois, en anglais, NDLR) que l’on voudra, un moment on finira par rencontrer le “dur”, voire le mur.
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D’autant plus qu’il existe, dans les faits, assez peu d’alternatives avérées à la décroissance. On parle beaucoup d’économie circulaire ou apaisée ou verte mais dans la réalité, COP après COP, GIECC après GIECC, sommet après sommet, discours lyrique enflammé, pleurnichard ou revanchard après discours, Greta après Gro, d’économie verte, on n’en a pas beaucoup vu la couleur. Au moins au niveau d’échelle nécessaire, efficace pour changer la donne. Idem en ce qui concerne le monde de l’entreprise, donc de la production de biens et services destinés à être consommés – 70 % du PIB -. Et pourtant cela fait trente ans que les initiatives, lois et soft laws, codes de bonne conduite, normes, contraintes et taxes ont surgi et se sont déployées comme des champignons : RES (responsabilité sociale et sociétale des entreprises), normes ISO ( 14 000, et 26 000), gouvernance, bilans énergétiques, rapports verts, fondations, labels, vignettes, associations, formations, certifications, impôts etc..etc.. ad nauseam.
Et que constate-t-on depuis ? Que nous nous situons sur la trajectoire (et même au-delà) qui correspond au business as usual scenario (scénario où l’on ne fait rien) du rapport Meadows du MIT de 1972, élaboré pour le Club de Rome, le fameux Limits To Growth (limites à la croissance). Ce modèle, élaboré il y a un demi-siècle, a été mis à jour maintes et maintes fois, la dernière fois en 2016, et à chaque fois, il a toujours donné le même résultat : non seulement nous sommes parfaitement alignés sur la prévision initiale (voire au-delà du cas le plus défavorable), mais l’issue se profile toujours de la même manière  : un effondrement de tous les systèmes (population, santé, énergie, eau, ressources, nourriture etc) vers le milieu du 21ème siècle. Ce qui prouve, dans les faits, que sur une période de cinquante ans, aucun mécanisme de croissance dite verte ou alternative ou circulaire n’est venu ne serait-ce qu’infléchir, ralentir, contrecarrer, ou enrayer, de manière ne serait- ce qu’un peu significative, cette trajectoire. Encore moins l’inverser.
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Une autre voie est celle du saut technologique. L’avènement de technologies hypothétiques qui permettraient de fonctionner et de continuer à croître sans “tirer” comme nous le faisons sur la ressource. Mais là on parle de saut quantique, un peu comme l’ont été le feu, l’outil, la roue, la traction bovine ou la vis sans fin. Alors ? Alors, comme dans le discours (politique), tout (et son contraire) est possible…
Georges Nurdin, économiste, consultant international, essayiste et écrivain (Les multinationales émergentes, International Corporate Governance, Le temps des turbulences, Wanamatcha !, La prophétie des pétroglyphes).

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