Jacques-Antoine Granjon réclame ses sous à Thomas Langmann

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Ce jeudi 16 juillet, peut-être regarderez vous sur TMC Nos femmes, un film de Richard Berry avec Daniel Auteuil et Thierry Lhermitte ? Observez attentivement le générique : vous y verrez la mention “avec la participation d’Orefi”. Orefi, c’est la holding de contrôle de Veepee (ex-Vente-privee.com), détenue par Jacques-Antoine Granjon et ses associés Julien Sorbac et Eric Turcon. C’était la première fois que le roi du e-commerce investissait dans le cinéma. Est-ce Thomas Langmann qui a demandé à Jacques-Antoine Granjon de financer le film ? Ou bien Jacques-Antoine Granjon qui l’a spontanément proposé? Les versions divergent. Quoiqu’il en soit, Orefi a finalement contribué au budget à hauteur de 750.000 euros. “Jacques-Antoine Granjon était un investisseur naturel puisque le film est l’adaptation d’une pièce qui a été jouée au théâtre de Paris, qui appartient à Jacques-Antoine Granjon”, assure l’avocat de Thomas Langmann, Arnaud Metayer-Mathieu.
A l’époque, un début d’amitié s’était apparemment noué entre les deux hommes. “Thomas Langmann a invité Jacques-Antoine Granjon à la cérémonie des Oscars, puis à son mariage”, indique l’avocat du producteur. Tant et si bien que Jacques-Antoine Granjon a simultanément investi 750.000 euros supplémentaires dans Un moment d’égarement, une autre production de Thomas Langmann, qui était chère à son coeur : il s’agissait du remake d’un film réalisé par son père Claude Berri en 1977.
Mais ce fut la première et la dernière fois que Jacques-Antoine Granjon succombait aux charmes du 7ème art, car l’expérience s’est mal terminée. Notre homme n’a même pas été cité dans les remerciements au générique. Surtout, Nos femmes a fait un bide lors de sa sortie en avril 2015, avec seulement 426 212 entrées. Deux mois plus tard, Un moment d’égarement a attiré 854 153 curieux, un score plus honorable. Les deux films ont fait un peu mieux lors de leur diffusion à la télévision, avec respectivement 1,6 et 3 millions de téléspectateurs. Mais ces résultats sont loin d’avoir couvert leur coût élevé : 12 millions d’euros pour chaque film (trois fois le budget moyen d’un long-métrage français), ce qui les classe parmi les oeuvres les plus chères produites ces années-là.
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En pratique, Jacques-Antoine Granjon avait signé un contrat qui lui octroyait 25% des recettes restantes en bout de chaîne (après reversements aux salles, au distributeur et aux co-producteurs). En raison de l’échec des deux films, seuls 240 000 euros lui sont ainsi remontés, soit une fraction des 1,5 million d’euros investis au départ. Jacques-Antoine Granjon s’est alors plaint de ces mauvais résultats à Thomas Langmann. Le producteur a alors promis à “JAG” qu’il n’y aurait pas de perte pour lui car il s’engageait à la couvrir. Toutefois, cette promesse a été faite uniquement dans des échanges par SMS, et ne s’est finalement jamais concrétisée. Thomas Langmann a notamment argué qu’il devait d’abord réunir cet argent en cédant tout ou partie de son catalogue de films. Des discussions ont eu lieu à ce sujet avec Canal Plus, mais n’ont finalement pas abouti.
Entretemps, Jacques-Antoine Granjon a fait réaliser un audit des deux films par un expert comptable. Verdict: “leur budget très élevé n’aurait pu être amorti qu’avec deux millions d’entrées par film, seuil rarement atteint par les films français”. L’analyse du budget montre aussi que les acteurs ont été chèrement payés. Sur Un moment d’égarement, François Cluzet et Vincent Cassel se sont partagés 1,5 million d’euros. Dans Nos femmes, Daniel Auteuil, Richard Berry, Thierry Lhermitte ont touché au total 2,1 million d’euros. Richard Berry, qui a aussi réalisé le film, a empoché à ce titre 300 000 euros supplémentaires.
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Finalement, Jacques-Antoine Granjon a perdu patience, envoyé des SMS d’insultes à Thomas Langmann, et porté plainte contre le producteur et sa société la Petite reine le 14 février 2018 devant le tribunal de grande instance de Paris. Il demande le remboursement de l’argent perdu, soit 1,26 million d’euros. Il accuse Thomas Langmann de lui avoir fourni des informations “mensongères” sur les perspectives de rentabilité.
Las pour JAG ! Deux semaines plus tôt, Thomas Langmann avait demandé au tribunal de commerce de Paris d’ouvrir une procédure de sauvegarde pour ses deux sociétés la Petite reine et la Petite reine production. Cette procédure, qui gèle les dettes et donc potentiellement l’argent réclamé par Orefi, a donc été ouverte le 27 février 2018.
Toutefois, Thomas Langmann n’a pas prévenu le tribunal de commerce qu’Orefi lui réclamait de l’argent, et il n’a pas prévenu non plus Orefi qu’il se plaçait en sauvegarde, alors qu’il aurait dû le faire dans les deux cas. Cela “constitue un comportement particulièrement déloyal et de mauvaise foi, en plus des violations des dispositions légales sur les procédures collectives”, a pointé en janvier 2019 le tribunal de grande instance de Paris dans un jugement intermédiaire.
Au total, les dettes de la Petite reine sont chiffrées à 6,1 millions d’euros, plus 3,2 millions d’euros pour la Petite reine production. Le plan de sauvegarde élaboré par Thomas Langmann propose aux créanciers soit un remboursement sur dix ans, soit un remboursement immédiat de seulement 20%. Le producteur a assuré être prêt à “soutenir la trésorerie en cas de difficulté”, et a souligné qu’il a déjà avancé 8 millions d’euros à ses deux sociétés. Son catalogue de films, estimé à 9,85 millions d’euros par le cabinet Accuracy, a été donné en garantie aux créanciers. Ces arguments ont convaincu le tribunal de commerce, qui a accepté le plan de sauvegarde en octobre 2019. Jacques-Antoine Granjon a fait intégrer sa créance dans le passif, et a choisi d’être remboursé sur dix ans. Mais il doit encore gagner devant le tribunal de grande instance, qui doit rendre son verdict l’an prochain…
A noter que Xavier Niel, grand ami de Jacques-Antoine Granjon, avait lui aussi investi 1,5 million d’euros dans ces deux films. “Mais Xavier Niel, qui avait investi autant que Jacques-Antoine Granjon et dans les mêmes termes, a choisi pour sa part de n’engager aucune procédure contre Thomas Langmann ou la Petite Reine”, souligne l’avocat du producteur. Les bases de données professionnelles indiquent que le patron de Free n’a plus financé par la suite de films de Thomas Langmann. En revanche, il a continué à investir dans d’autres longs métrages.
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Contactés, Jacques-Antoine Granjon et Xavier Niel n’ont pas souhaité faire de commentaires. Pour sa part, l’avocat de Thomas Langmann Arnaud Metayer-Mathieu nous a déclaré : “Le contrat garantit à Orefi 25% des recettes du film, alors qu’Orefi n’a apporté que 6,5% du budget : il est donc extrêmement avantageux pour Orefi. M. Granjon n’a pu être trompé par ce contrat qui est très clair : il s’agit d’un investissement avec un aléa en fonction du succès, c’est le principe même du financement d’un film. Après la sortie des films, M. Langmann s’est senti mal-à-l’aise vis-à-vis de l’insistance de M. Granjon qui souhaitait modifier l’esprit et la lettre des accords. M. Langmann a alors évoqué, dans des échanges de SMS, la possibilité que sa société couvre la perte. Ces échanges sont restés à l’état de simple discussion, aucun accord n’ayant au final été trouvé. Cela impliquait notamment de réécrire le contrat qui changeait totalement de nature : ce n’était plus un investissement avec un aléa, mais un prêt sans risque. M. Granjon s’appuie donc, non sur le contrat d’octobre 2014, mais sur des SMS peu clairs de l’été 2015. Juridiquement, ces SMS ne constituent ni une garantie, ni une caution. La Petite reine a bien informé le mandataire judiciaire du litige avec Orefi, et lui a transmis l’assignation d’Orefi, mais la Petite reine estime que cette réclamation est infondée, et donc n’a pas fait figurer la somme réclamée par Orefi dans ses dettes. La Petite reine n’a pas informé Orefi de l’ouverture de la procédure de sauvegarde, mais cette procédure a été médiatisée, et cela n’empêchait pas Orefi d’inscrire sa créance ultérieurement, ce qu’elle a fait. Orefi avait signé son contrat avec la Petite reine production, mais Orefi a déclaré sa créance sur la Petite reine. Orefi réclame donc de l’argent à la mauvaise société, ce qui ajoute de la confusion au dossier”.

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