Immobilier : comment sortir le coliving du flou juridique

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BNP Paribas Real Estate qui lance une place de marché, l’homme d’affaires Charles Beigbeder qui entend lever 50 millions d’euros d’ici à fin 2020, ou encore les promoteurs régionaux qui investissent: le coliving deviendrait-il une vraie tendance de fond ?

“Nous constatons que nos clients, principalement des investisseurs, s’intéressent de plus en plus à ce produit, qui reste un produit de niche en l’état et nous souhaitons pouvoir leur donner un aperçu du cadre juridique et du marché”, indique Anne Petitjean, avocate associée en immobilier chez Herbert Smith Freehills, et auteure d’une étude sur cette nouvelle forme d’habiter en France et en Europe.

Clarifier la destination pour s’assurer du respect des règles

Car en France, le cadre réglementaire est (encore) flou. Ce n’est que lors du dépôt de permis de construire que les opérateurs qui se lancent dans ce type de projets doivent décider de la destination finale de leur produit. A l’heure actuelle, il apparaît que le résidentiel est l’option privilégiée.

Le coliving est un produit hybride de l’hébergement entre l’hôtellerie et le résidentiel, et ne correspond donc expressément ni à la catégorie résidentielle, ni à la catégorie hébergement hôtelier”, relève Anne Petitjean. “Nous devons nous adapter à ce nouveau concept et vérifier à quelle catégorie chaque projet de co-living est susceptible de plus correspondre.”

Dans ce cas, faut-il que le gouvernement ou le Parlement se saisisse du sujet ? Pour l’avocate, ce n’est pas utile. En revanche, il lui paraît “nécessaire de clarifier la destination du coliving pour s’assurer du respect des règles d’urbanisme et de construction applicables, celles-ci différant selon qu’on classe l’opération dans du résidentiel ou dans de l’hébergement hôtelier”.

Anne Petitjean plaide en outre pour une meilleure prise en considération de ce produit au niveau local afin que le coliving soit clairement retranscrit dans les plans locaux d’urbanisme, ce qui facilitera et sécurisera le montage des opérations, notamment au stade du dépôt du permis de construire”.

Transformer à moyen-terme ces résidences en bureaux ou en logements

En réalité, il s’agit surtout d’opérations coûtant une dizaine de million d’euros l’unité et visant à transformer des bâtiments existants – souvent obsolètes – au cœur des métropoles bien desservies en transport en commun et riches en cadres nomades.

“C’est beaucoup d’ennuis juridico-administratives pour des opérations qui jusqu’à présent restent encore à la marge pour les investisseurs institutionnels de la place gérant un patrimoine de plusieurs milliards d’euros”, souligne l’avocate.

Certes, le coliving reste un levier pour résoudre la crise du logement dans les grandes villes, mais dire cela ne suffit pas pour expliquer le désir soudain des acteurs de l’immobilier.

“Les investisseurs s’y intéressent dès lors qu’un besoin d’une certaine catégorie de la population est exprimé et dès lors qu’une certaine réversibilité est attachée au produit”, décrypte Anne Petitjean.À moyen-terme, ils pourront toujours transformer ces résidences en bureaux ou en logements. Les banques sont très attentives à cette dimension.”

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