En Inde et au Pakistan, l’accès à l’eau de centaines de millions de personnes est menacé

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L’avenir du Pakistan est menacé par la fonte des glaciers. Les montagnards d’Hassanabad habitent au cœur d’un paysage majestueux, mais vivent la peur au ventre. Celle du glacier pakistanais Shisper, masse de glace noire et acérée qui progresse vers eux jusqu’à quatre mètres par jour, exposant une région fragilisée par le réchauffement à de multiples dangers. Surplombant ce village situé à 2.100 mètres d’altitude, dans la chaine himalayenne de l’Hindou Kouch, le glacier Shisper, qui fait partie du massif de Karakoram, grandit et s’étend, un phénomène que les scientifiques n’arrivent pas encore à s’expliquer.
Cette expansion touche selon la Nasa 200 autres glaciers dans le massif de Karakoram, lequel compte certains des plus hauts sommets du monde, dont le mythique K2 (8.600 mètres). Combinée à la fonte d’autres glaciers, elle entraîne des effets en chaîne qui touchent même le fleuve Indus. Dans la vallée d’Hassanabad, elle provoque l’avancée, dix fois supérieure à la normale, de centaines de tonnes de glace et de roches. “Les vies humaines, les biens et les animaux sont en danger”, explique un villageois, Basir Ali, évoquant la crainte de crues subites, d’éboulements rocheux et d’une pénurie d’eau potable.
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Ces masses de glace bloquent aussi l’écoulement de l’eau produite par la fonte des glaciers, entrainant l’apparition de “lacs glaciaires”, qui peuvent à leur tour se déverser et libérer “un énorme volume de glace, d’eau, de débris, mais aussi de boue à l’effet dévastateur, qui détruit tout sur son passage”, explique Ignacio Artaza, représentant du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Selon cet organisme, le réchauffement climatique a provoqué dans la région la naissance de plus de 3.000 lacs glaciaires, dont 33 posent un risque de vidange brutale, mettant en danger sept millions de personnes.
L’expansion de Shisper et les autres phénomènes climatiques de la région peuvent donc avoir un impact dans les plaines à des centaines de kilomètres d’Hassanabad, en perturbant l’alimentation de l’Indus, qui dépend pour plus de moitié de la fonte saisonnière. Avec des conséquences pour l’agriculture du Pakistan mais aussi pour ses relations avec son grand voisin indien. Ces deux nations nucléaires, qui dépendent de l’Indus et ses affluents, sont parmi les pays qui risquent le plus de subir une pénurie d’eau, d’après le World Ressources Institute.
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Leur accès partagé à cette ressource est réglé par un traité datant de 1960. Mais Islamabad craint que New Delhi n’use de sa position en amont pour restreindre le débit en aval, et donc au Pakistan, comme il a menacé plusieurs fois de le faire, comme en 2019 encore. Un tiers des glaciers de l’Hindou Kouch et de l’Himalaya devraient avoir fondu d’ici à 2100, menaçant l’accès à l’eau de centaines de millions de personnes dépendant de la fonte annuelle des glaces, selon le rapport “Hindu Kush Himalaya Assessment”. Naissant au Tibet, l’Indus traverse l’Inde puis le Pakistan avant de déboucher en mer d’Arabie. Son bassin procure 90% de l’alimentation en eau du Pakistan, selon l’ONU. S’ajoutant à la fonte des glaciers, la croissance démographique fait craindre aux experts une catastrophique “raréfaction absolue d’eau” dès 2025.
En 2019 le glacier Shisper a bloqué l’eau de fonte d’un glacier adjacent, créant un large lac. Les habitants d’Hassanabad et des villages voisins ont vécu en état d’alerte jusqu’à ce qu’il soit drainé. Mais les données satellite ont montré qu’il se reformait, faisant craindre aux habitants des éboulements ou la noyade. S’il se vidange, “tout ce territoire sera dévasté. La population entière et tous ses biens finiront dans l’eau”, se lamente un villageois, Didar Karim. Le Pakistan doit adapter ses “stratégies de surveillance et de réponse, et sa gestion du risque en général”, souligne le professeur Andreas Kääb, de l’Université d’Oslo. La progression de Shisper est observée de près par les autorités, au moyen de capteurs, avec l’aide de l’ONU.
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Mais le défi pour le Pakistan va au-delà de la gestion de crise, et passe par la conservation à long terme des ressources en eau. “Le Pakistan doit faire passer sa capacité de stockage d’eau, actuellement de 33 jours, à au moins 100 jours pour garantir un développement durable”, explique le Dr Ghulam Rasul, du Centre international pour le développement intégré de la montagne. Il estime que 60% de l’eau est perdue par ruissellement jusqu’à la mer. Avec peu de réservoirs, le pays est mal équipé pour profiter des excédents de fonte de glaciers.
Et en 2050, avec la perte de la couche de glace, les scientifiques prédisent une baisse spectaculaire du débit de l’Indus. “L’eau est le capital des économies agraires et la garante de la sécurité alimentaire et énergétique. Une pénurie d’eau jointe à une demande croissante pourrait déboucher sur un conflit”, craint le Dr Rasul.
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