“Crise : les coronabonds pourraient-ils nous sauver ?”

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L’idée des coronabonds, comme des eurobonds, est de faciliter l’endettement des Etats déjà très endettés en instaurant la mutualisation des emprunts. Chaque Etat devient ainsi solidairement garant de la dette des autres. Vue globalement, l’opération serait séduisante pour le prêteur qui verrait une réduction considérable du risque de non-remboursement. Elle le serait aussi pour les Etats les plus fragiles, assurés de trouver facilement et à bon compte les financements nécessaires. Concrètement, les obligations émises par l’Etat français, par exemple, actuellement signées par les seules autorités françaises, seraient alors cosignées par les autres Etats et deviendraient ainsi des obligations européennes, des eurobonds. Outre leur effet positif immédiat sur les capacités d’emprunts des Etats, les coronabonds auraient un impact psychologique et politique d’importance. La notion parfois vague de solidarité européenne prendrait alors un éclat symbolique visible par tous. Le problème, c’est que l’échec des eurobonds risque de se répéter pour les coronabonds, quand bien même le contexte a considérablement changé.
Sur un plan strictement financier, il est vrai qu’en théorie la mutualisation pénalise les Etats riches. Le taux d’intérêt reflétant le risque, on peut concevoir que si l’on fait un seul emprunteur en réunissant un emprunteur riche et un emprunteur pauvre, le taux d’intérêt résultant sera la moyenne des taux d’intérêt, initialement faible pour le premier et élevé pour le second. En situation d’emprunt unique, l’emprunteur riche paiera donc plus d’intérêts qu’auparavant. A cela s’ajoute un problème culturel. Les pays du Nord, reprochant aux pays du Sud leur frivolité en matière de dépenses et de dette, refusent par conséquent la double peine, la hausse des taux d’intérêt pour leurs propres emprunts, et l’obligation de payer les dettes des Etats impécunieux.
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Taxer d’égoïsme cette attitude, c’est ignorer les valeurs différentes des pays de culture protestante, concernant notamment le rapport à l’argent et à la dette. Il faut savoir par exemple qu’en allemand un même mot, «Schuld», désigne la dette et la faute, et que par ailleurs la constitution allemande oblige les régions ayant un excédent à aider celles qui sont en déficit. La loi dite de péréquation budgétaire donne lieu chaque année à des débats agités, les régions riches, ironiquement celles du Sud de l’Allemagne, étant contraintes de voler au secours des Länder impécunieux du Nord. Pour contourner cet obstacle, les négociateurs avaient proposé d’assortir le recours aux eurobonds à des conditions strictes de gestion, ce qui a été refusé, et l’a été à nouveau dans la discussion sur les coronabonds. L’idée de lier l’utilisation des fonds levés aux dépenses liées à la pandémie pourrait être tout aussi vouée à l’échec du fait de l’impossibilité de tout contrôle à cet égard.
En fait, la solution pourrait bien venir une fois de plus de la Banque centrale européenne (BCE). Fait nouveau, le recours au marché n’est plus la solution privilégiée au problème de financement des énormes dépenses à venir. Le prêteur alternatif, c’est la BCE. Comme la Fed, sa consœur américaine, la BCE a fait exploser les limites à cet égard et pourrait aller jusqu’à porter dans son bilan la totalité ou presque des dettes souveraines. Un traitement de choc pour une économie en état de choc.
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par Alain Lemasson, ancien banquier (France, Allemagne, Etats-Unis), fondateur du site Infofi2000.com.

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