Coworking : les espaces de travail à la campagne, “c’est l’avenir”

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Coworkings, fab labs, hackerspaces, repair cafés ou ateliers partagés, les tiers-lieux colonisent désormais la campagne. Gerhard Krauss est maître de conférences en sociologie à l’université Rennes 2. Il a dirigé l’ouvrage de Tiers-lieux, travailler et entreprendre sur les territoires (PUR) pour lequel géographes, sociologues, gestionnaires et économistes ont étudié des espaces collaboratifs créés hors des centres-villes.Gerhard Krauss a étudié ce phénomène émergeant en France, en Allemagne, en Belgique, au Canada et aux Etats-Unis. Pour lui, ces espaces, particulièrement adaptés à la redynamisation du territoire, favorisent de nouvelles solutions de mobilité et d’organisation du travail.
Management : Avez-vous été surpris par le nombre de tiers-lieux installés hors des centres-villes ?
Gerhard Krauss : C’est encore une tendance minoritaire, mais elle prend de l’ampleur : aujourd’hui, la moitié des espaces collaboratifs qui se créent s’implantent en dehors des métropoles. Et c’est tant mieux, car c’est un thème très important pour l’avenir, qui concerne aussi bien les mobilités que l’écologie et le développement socio-économique des territoires. Il fait émerger de nouvelles formes d’organisation du travail.
Gerhard Krauss est maître de conférences en sociologie à l’université Rennes 2. – © DR.Comme le télétravail par exemple ?
Exactement. Avec l’émergence des tiers-lieux dans les territoires, les entreprises pourraient louer beaucoup plus de places de coworking à leurs salariés, ce qui leur éviterait des trajets quotidiens épuisants et polluants et développerait de nouvelles pratiques en matière de mobilité, par exemple. De nombreuses personnes habitent loin des métropoles parce que c’est la seule possibilité d’accéder à la propriété. Mais elles sont obligées d’utiliser leur voiture matin et soir, car elles continuent à travailler dans les centres-villes. Ce modèle ancien, hérité des années 1980, reste encore très courant. Le problème, c’est qu’il coûte cher en carburant, en émissions de CO2 et aussi en stress, du fait des bouchons. Les nouvelles mobilités font partie d’une démarche écologique qui pourrait parfaitement s’intégrer à la politique RSE des entreprises.
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Quelles sont les caractéristiques principales des tiers-lieux “des champs” que vous avez étudiés ?
Ils sont très divers : coworking, fablabs, hacklabs… Certains sont plutôt à vocation culturelle, d’autres plus tournés vers l’artisanat ou liés aux métiers du numérique. Autant de profils étroitement liés à la personnalité des fondateurs. Dans les territoires, les espaces de coworking sont plus ouverts sur la vie locale, plus solidaires aussi. D’ailleurs ceux qui rencontrent le plus de succès sont ceux qui réussissent leur «ancrage social» sur leur territoire.
Qui travaille aujourd’hui dans ces tiers-lieux ?
Chez les coworkers des champs, le projet professionnel est très souvent subordonné au projet de vie. Il s’agit encore d’une toute petite élite, très qualifiée, qui, grâce au numérique, a la possibilité de travailler là où elle choisit de vivre. Dans les coworkings étudiés, aussi bien en Allemagne qu’en Bretagne, nous avons rencontré un public particulièrement hétérogène, plus âgé que dans les grandes villes, avec des trajectoires personnelles très marquées. Pour la plupart, ce sont des travailleurs indépendants qui évoluent dans le numérique. Mais on trouve aussi des salariés en télétravail avec des profils qualifiés, très spécifiques. Dans ce cas, ils ont négocié avec leur entreprise la possibilité de travailler à côté de chez eux. Elle a souvent accédé à leur demande à la condition qu’ils trouvent un tiers-lieu. Il est plus rassurant pour une société de savoir que ses cadres se trouvent dans un environnement de travail réservé plutôt qu’à la maison.
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Que vient-on chercher dans un tiers-lieu ?
Evidemment la fibre et Internet… Mais surtout de la convivialité, des interactions sociales, un réseau amical et local. L’homme au travail est un être social : il a besoin d’échanges. En ce sens, on peut s’interroger sur les risques psycho-sociaux du home office. J’ai lu récemment une étude allemande qui révèle que les gens qui travaillent de chez eux sont très stressés. Ils ont du mal à séparer activités professionnelles et personnelles, travaillent tard la nuit, le week-end… L’étude conclut que le home office peut présenter un risque pour la santé. Elle montre parallèlement que le niveau de satisfaction est plus élevé quand les gens travaillent dans un cadre convivial avec d’autres personnes. Les tiers-lieux combinent cadre structuré et convivialité.
Favoriser l’émergence de ces espaces est-il un enjeu pour les territoires ?
Bien sûr ! Ils créent de l’activité sur les territoires et favorisent la relance des économies locales. Il existe d’ailleurs beaucoup plus d’espaces collaboratifs dans les territoires en restructuration ou économiquement moins prospères que dans ceux où l’économie est plus stable. Ce qui s’explique : dans les régions où il y a très peu de chômage, l’économie établie aspire quasiment toutes les ressources humaines qualifiées, donc il en reste peu pour les tiers-lieux. Mais, aujourd’hui, il semble que favoriser l’émergence des lieux soit une vraie préoccupation politique. L’Etat, les élus locaux et les régions se demandent comment faire pour les promouvoir et les aider.
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Quelle serait selon vous la meilleure façon de booster leur développement ?
Les élus locaux peuvent mettre à disposition des locaux à loyer réduit, comme c’est le cas en Bretagne par exemple. Dans tous les cas, nous pensons qu’il vaut mieux accompagner les fondateurs et les aider, plutôt que d’essayer de mettre la main sur leur projet. Il ne faut pas oublier qu’à l’origine de ces espaces de coworking, il y a souvent l’idée d’une contre-culture avec une indépendance très forte des fondateurs… D’où l’esprit de liberté, de créativité et d’innovation qui y règne souvent et qui attire les entreprises. Mais il faut maintenir un équilibre, les soutenir plutôt que contrôler directement leur développement. Une entreprise ou une collectivité qui louerait par exemple 50 postes sur 70 risquerait de faire fuir les profils les plus atypiques.

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