Comment “disrupter” votre vie quotidienne

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La technique
Le mot «disruption» est à la fois le plus laid et le plus usité du langage économique contemporain. S’il résonne si fort au sein des sièges sociaux, c’est qu’il traîne derrière lui un parfum de révolution obligatoire, une injonction à fracasser l’ordre établi par tous les moyens, à digitaliser tout ce qui peut l’être, mais aussi ce qui ne le peut pas, à dissoudre les vieilles chaînes de valeur empoussiérées au profit de start-up peuplées de pull-overs, à jeter aux waters la litanie droite-gauche pour mettre un bébé à l’Elysée, parce que c’est bien, parce que c’est ainsi, que vous le vouliez ou non.
La pratique : rebooter votre vie
Qu’attendez-vous pour en faire autant dans votre vie de tous les jours ? Il est temps de remettre en question les présupposés qui l’entravent, de lacérer vigoureusement tous vos schémas de pensée. Dépêchez-vous ! Faites-moi le plaisir de disrupter les téléfilms du lundi soir pour vous abandonner entièrement à des séries de 258 épisodes sur Netflix ; de disrupter les «mercis» et les «s’il te plaît» qui encombrent les conversations parents-enfants ; de disrupter les repas pris à table et d’ingurgiter des aliments protéinées en continu grâce à un système de paille en fibre de papier connectée ; de disrupter le concept de semaine de travail au profit d’un calendrier flexible où chaque instant serait une contribution en mode agile à impact positif pour l’entreprise et pour le monde ;
de disrupter vos enfants en leur laissant le soin de codesigner leur projet éducatif avec des chiens de traîneau et de solliciter des feed-back constructifs sur LinkedIn ; de disrupter le concept d’habiter dans un appartement à soi en préférant le colending généralisé de matelas gonflables stockés dans des points-relais écoresponsables ; de disrupter le fait d’écrire des phrases qui se tiennent grammaticalement au profit de locutions en orthographe inclusive (ou exclusive) ; de disrupter la disruption elle-même mais je ne sais pas encore comment, il y aura bien un joint-venture entre Uber et le CNRS pour s’en occuper ; de disrupter les matchs de foot de Ligue 1 en autorisant deux cents chiens enragés à se mêler aux débats pour voir enfin courir les millionnaires ; de disrupter la Saint-Valentin en la supprimant, tout simplement ; de disrupter le vocabulaire des sommeliers en imposant des «accordéoniques» et des «globulaires» à la place des «boisés» et des «ambrés» qui nous fatiguent depuis trop longtemps ; de disrupter la maîtresse d’école maternelle en lui interdisant de travailler aux deux cinquièmes (enfin !) ;
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de disrupter la retransmission de Roland-Garros sur les chaînes de France Télévisions en supprimant les commentaires pendant les matchs ; de disrupter la barbe de hipster en la remplaçant par des joues glabres (dingue !) ; de disrupter Instagram en autorisant les gens à publier uniquement en période d’échec et de remise en question, idéalement dans des déchetteries… Bref, de mettre un grand bordel un peu partout et de l’observer avec un petit sourire satisfait, comme le Joker de Batman face au chaos urbain qu’il aurait provoqué pour le bien de l’humanité.
Benjamin Fabre dirige une agence de communication. Il est l’auteur de “Comment triompher au bureau. Petit manuel de manipulation professionnelle” (Robert Laffont).

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