Comment Accor se mobilise pour accueillir les SDF et les soignants

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Où loger ces milliers de sans-abri qu’il faut confiner alors que les 157.000 places d’hébergement d’urgence sont saturées ? Où abriter ces victimes de violences conjugales, que l’on dit chaque jour plus nombreuses ? Où faire dormir ces médecins et ces petites mains qui enchaînent les gardes loin de leurs domiciles ?
Voilà maintenant deux semaines que l’État a demandé à la filière hôtelière, dont les chambres sont désespérément vides, qu’elle l’aide à répondre à ces questions. Selon le dernier pointage de la profession, un millier d’établissements logent des personnes fragiles et des soignants aux quatre coins du pays. Près de la moitié d’entre eux sont dans le giron d’Accor, le leader tricolore du secteur, sous les bannières F1, Ibis, Mercure, ou Novotel. Le 2 avril, la direction du groupe a annoncé la fermeture des deux tiers de ses hôtels et la mise au chômage technique ou partielle des trois quart des salariés de son siège au deuxième trimestre, ce qui devrait lui faire économiser 60 millions d’euros. Le paiement du dividende de 280 millions d’euros qui était prévu est, en outre, annulé. 25% de cette somme, soit 70 millions d’euros, iront à un fonds spécial dédié à l’aide des collaborateurs hospitalisés pour une infection au Covid-19 ou en difficulté financière. Depuis son domicile, où il est lui aussi confiné, Franck Gervais, le directeur général Europe du groupe, a répondu à nos questions.
Capital : Depuis quand Accor est-il mobilisé contre le Coronavirus ?
Franck Gervais : Le ministre du logement, Julien Denormandie a contacté notre P-DG, Sébastien Bazin le 18 mars, soit le lendemain de l’annonce du confinement, afin de savoir si nous pouvions héberger des sans-abri. Marlène Schiappa, la secrétaire d’État à l’égalité entre les femmes et les hommes, le ministère de la Justice, ainsi que l’Assistance publique Hôpitaux de Paris (AP-HP), nous ont aussi appelé dans la foulée pour savoir si nous accepterions de louer des chambres à des femmes maltraitées ou à des soignants. Bien sûr, on leur a tout de suite répondu oui.
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Capital : Comment avez-vous procédé ?
Franck Gervais : On a créé de toute pièce une plateforme pour centraliser les besoins de l’État, des centres de soin, et des associations : la CEDA, pour «Coronavirus Emergency Desk Accor». Elle a été mise en ligne le 23 mars. C’est à la fois une hotline, une adresse email, et surtout une interface de réservation qui peut s’exporter très facilement dans leurs différents systèmes informatiques. Comme celui de l’AP-HP, par exemple, qui a été équipé en seulement quelques heures.
Capital : Combien de vos hôtels sont mobilisés ?
Franck Gervais : 450 jouent le jeu (sur les 1.600 du groupe en France, NDLR), dont 20% en région parisienne. Cela concerne les chaînes F1, Ibis Budget, Ibis Style, Mercure et Novotel. Un tiers de ces établissements appartiennent à AccorInvest, notre ancien pôle immobilier, les deux autres tiers à des franchisés. Nous sommes prêts, au besoin, à étendre cette offre à l’étranger. À Londres, six de nos hôtels accueillent déjà des personnels de santé.
Capital : Combien de SDF et de soignants logez-vous en France ?
Franck Gervais : Environ 700 sans-abri, et plus d’un millier de soignants. Ces derniers sont hébergés principalement dans des chambres proches de leurs lieux de travail. À Paris, le Novotel Tour Eiffel abrite, par exemple, des infirmières de l’hôpital européen Georges-Pompidou, qui est à côté. On accueille également des pompiers et des militaires, comme ceux qui ont construit l’hôpital provisoire de Mulhouse – ils ont dormi dans deux Ibis de la ville.
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Capital : Est-ce gratuit ?
Franck Gervais : Nos franchisés ne peuvent pas fournir toutes les chambres gratuitement à l’État car ils ont de lourds frais fixes. Mais tous se sont engagés à les louer à prix coutant, c’est-à-dire entre 30 et 40 euros la nuit, en moyenne.
Capital : Vous proposez également des repas…
Franck Gervais : Oui, le 31 mars nous avons rouvert la cuisine de l’hôtel Molitor (un cinq étoiles du XVIème arrondissement de Paris, NDLR) pour distribuer 80 repas par jour à l’hôpital Saint-Antoine. Et nous venons de mobiliser notre filiale traiteur, Potel et Chabot, afin de livrer, à partir du 4 avril, deux mille plateaux par jour à l’AP-HP, à prix coutant, entre 10 et 15 euros. Ses équipes ont insisté pour que l’on garde le même niveau de qualité que d’habitude ; ce sera une façon d’améliorer l’ordinaire et donc le moral du personnel. À Mulhouse, le Novotel a également relancé ses fourneaux au profit de l’hôpital local. Là, les plats sont 100% financés par notre franchisé avec l’aide de Carrefour, qui fournit les matières premières, et de La Poste, qui s’occupe des livraisons.
Capital : Comment avez-vous convaincu vos franchisés d’accueillir des sans-abri ?
Franck Gervais : Nombre de nos franchisés avaient besoin d’être rassurés. On a donc co-rédigé une charte avec l’équipe de Julien Denormandie, qui a mis en place plusieurs principes : le ministère, par le biais des préfectures, règle les chambres ; les animaux de compagnie sont interdits ; et enfin, l’État s’engage à prendre à sa charge la remise en état en cas de dégradation. Pour le moment, le cas ne s’est pas présenté. Les choses se passent très bien.
Capital : Pourquoi vous a-t-on demandé d’héberger des époux violents ?
Franck Gervais : Je ne vous cache pas qu’au départ cette demande nous a un peu étonnée ! Mais le ministère nous a expliqué une chose simple : il est parfois plus facile d’éloigner un mari seul de son foyer qu’une femme avec ses enfants. Au total, nous logeons une centaine de personnes dans le cadre de ce dispositif.
Capital : Proposez-vous aussi des lits pour les malades ?
Franck Gervais : Oui. On le fait déjà à Louvain, en Belgique, et à l’Ibis Budget de Poitier qu’on a transformé, le 27 mars, en centre pour les personnes atteintes du Covid-19. Pour l’heure, seules deux chambres de cet hôtel sont occupées sur 65, mais les autres sont réservables à tout moment par les agences régionales de santé. Cette offre est destinée aux malades qui ne requièrent pas de soins intensifs, mais qui doivent être isolés, notamment de leurs proches, parce qu’ils sont contagieux. Je précise que tout le personnel de l’établissement porte des masques et des gants. À l’avenir, on songe aussi à proposer des chambres médicalisées.
Capital : En quoi le virus a-t-il changé votre façon de travailler ?
Franck Gervais : La gestion de ce sujet Coronavirus occupe la moitié des mes journées. Au moins, j’ai le sentiment d’être utile, comme tous les membres de notre personnel, et c’est une fierté.
Propos recueillis par François Miguet

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