Colocation, service universel à destination des retraités… ces propositions innovantes d’une députée pour les personnes âgées

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Capital : Qu’est-ce qui a motivé la rédaction de ce rapport ?
Audrey Dufeu-Schubert : La place de nos aînés dans notre société est beaucoup ressortie ces derniers temps avec la crise des Ehpad mais aussi les Gilets jaunes qui comptaient dans leurs rangs de nombreux retraités. On sent qu’il y a une fracture générationnelle, une défiance entre les générations. Politiquement il est risqué de ne pas réfléchir à cette question.
Capital : Par où commencer ?
Audrey Dufeu-Schubert : Le rapport que je présente propose quatre pistes principales de réflexion. La première concerne les discriminations et les droits des personnes vieillissantes, ensuite il s’interroge sur les liens intergénérationnels puis les tabous inhérents au vieillissement et enfin comment prendre en compte la transition démographique. Au total, il y a plus de 80 propositions autour de ce sujet. Toutes ne sont pas législatives mais certaines ont vocation à s’intégrer dans le plan stratégique du gouvernement sur le grand âge qui devrait être présenté d’ici la fin de l’année.
Capital : Quelles sont vos propositions phares ?
Audrey Dufeu-Schubert : Il n’y a pas de propositions principales mais plutôt une ligne directrice qui est d’inciter à avoir une approche transversale des questions liées à l’âge. Il faut prendre conscience que cette question ne concerne pas uniquement les plus de 60 ans. Il faut renverser ce que l’on fait actuellement en réfléchissant par âge car on se met des barrières qui ne devraient pas exister. L’âge ne doit pas résumer une personne.
Capital : C’est pourtant comme cela que l’on raisonne pour attribuer des aides sociales ou mener des politiques publiques ?
Audrey Dufeu-Schubert : Il est évident que, pour des raisons financières, on fixe souvent des seuils par l’âge pour attribuer une aide. Mais il ne faut pas écarter les aspects médicaux et sociaux. Je pense notamment à la grille qui établit le degré d’autonomie d’une personne âgée et qui permet de déterminer le niveau de l’Allocation personnalisée d’autonomie versée. Or, à aucun moment on intègre le désir de la personne concernée, ses souhaits, son projet de vie… Il faut veiller à ce que nos politiques publiques ne soient pas déshumanisées et trop stigmatisantes. Car si c’est le cas, la personne âgée culpabilise et peut se sentir comme un poids pour sa famille et pour la société.
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Capital : Comment faire pour que cette vision évolue ?
Audrey Dufeu-Schubert : L’ensemble des acteurs, public comme privé, doit avoir conscience que nous sommes dans une transition démographique. Ce sont souvent les départements qui gèrent ces questions notamment car ce sont eux qui versent l’Allocation pour l’autonomie. Mais il faut que cette question ne relève pas uniquement de leur responsabilité. La personne âgée ne doit pas exister dans la politique publique uniquement par la question du versement des aides. Il faut qu’elle concerne tous les secteurs. Par exemple, lorsque l’on définit une politique d’urbanisme, il faudrait automatiquement se demander si les aménagements prévus sont bien adaptés aux personnes âgées. On doit avoir le même réflexe que celui que l’on a pour le développement durable. Par exemple si l’on envisage de réaménager un centre-ville, il faut se demander si les nouveaux équipements seront bien adaptés à nos aînés. La question de la transition démographique doit être présente dans toutes ces questions au même titre que la transition écologique.
Capital : Quels peuvent être les moyens pour atteindre cet objectif ?
Audrey Dufeu-Schubert : Je préconise notamment la réalisation d’un diagnostic territorial local de la longévité, afin que toutes les collectivités s’approprient le sujet, et pas uniquement quand un membre du conseil municipal est sensibilisé aux enjeux de longévité. Ensuite, il faut que l’on ait une vision à plus long terme, au moins sur les 30 prochaines années. Il ne faut pas simplement adapter nos politiques publiques au jour le jour. Tout le monde est concerné par cette question, même dès le plus jeune âge. C’est pourquoi, je préconise que 20 % des missions du service national universel soit réalisé à destination des personnes vieillissantes. Il faut aussi tout faire pour éviter que ne se crée une fracture numérique. C’est pourquoi, je propose la création d’écoles du numérique qui pourraient être installées dans les Maisons France services.
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Capital : Vous insistez aussi pour que toutes les conditions soient réunies pour permettre un maintien de la personne âgée chez elle ?
Audrey Dufeu-Schubert : Quand on sait que 84 % des personnes âgées ont pour souhait de vieillir chez elles il est important de réfléchir aux moyens d’y arriver. Je suggère notamment pour cela de mutualiser l’Apa et la prestation de compensation du handicap pour financer les colocations pour les personnes âgées. Le problème est qu’aujourd’hui vous ne pouvez pas obtenir l’Apa pour financer une offre de service à domicile pour plusieurs colocataires. Or il est important de proposer de nouvelles alternatives aux Ehpad, notamment en milieu rural.
Capital : L’Ehpad apparaît souvent comme la solution de dernier recours ?
Audrey Dufeu-Schubert : Il ne faut pas penser que l’Ehpad est la seule réponse au vieillissement. Il faut transformer l’offre du domicile. Ce travail est aujourd’hui en cours notamment avec la volonté de revaloriser les métiers de l’aide à domicile. L’important est surtout de toujours écouter le désir de la personne âgée, lui demander quel est son projet de vie. C’est déjà ce que propose la mobilisation nationale contre l’isolement des personnes âgées (Monalisa) depuis 2014. Ce dispositif rassemble tous les acteurs qui luttent contre l’isolement des personnes âgées comme les associations, les collectivités ou encore les caisses de retraite. Je propose que Monalisa se déploie sur l’ensemble du territoire.
Capital : Toutes les mesures que vous proposez ont un coût. Vous a-t-on donné une enveloppe à respecter ?
Audrey Dufeu-Schubert : Le coût de la dépendance est chiffré à 30 milliards d’euros. Mais il ne faut pas dire et laisser croire qu’il s’agit du coût du vieillissement car cela intègre les dépenses de santé liées à des pathologies alors que le vieillissement n’est pas une maladie ! C’est laisser croire que vieillir signifie être malade, c’est faux ! Présenter ce chiffre comme cela c’est très culpabilisant pour ces aînés qui peuvent se sentir comme un poids pour la société. Tout ne doit pas être vu par le prisme budgétaire. Parler uniquement du volet économique, c’est oublier le volet social. Il faut sortir du tout économique et mettre en valeur ce que ces personnes âgées peuvent apporter à notre société.
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