Bitcoin deviendra-t-il vraiment une valeur refuge ?

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L’annonce a fait l’effet d’une bombe, lundi 24 mars, lorsque la Réserve fédérale a révélé son intention d’acquérir des bons du trésor américains et des obligations d’entreprises “sans limite de montant”. Dès lors, la “planche à billets” va tourner à fond pour maintenir à flot la première économie mondiale, menacée par une importante récession. Les économistes ignorent les effets à long terme de cette politique d’urgence. Cela a eu pour conséquence de donner un coup de boost aux valeurs refuges, comme l’or, qui se dirige vers son record historique. Bitcoin, de son côté, a déçu ses partisans en restant indexé aux grands indices boursiers traditionnels.
Bitcoin a été créé en 2009 dans le sillage de la chute de la banque d’affaires Lehman Brothers, à un moment où la confiance envers les institutions financières se détériorait. Son créateur, le mystérieux Satoshi Nakamoto, l’a conçu comme un système de paiement pair-à-pair dans auquel il n’est pas nécessaire de passer par un tiers de confiance, comme une banque, pour réaliser une transaction. Le nombre d’unités en circulation ne pourra jamais dépasser 21 millions (chacune fractionnable 100 millions de fois), ce qui fait de lui un actif déflationniste le rapprochant davantage de l’or que du dollar ou de l’euro. Tous les deux sont en quantité limitée sur Terre et c’est cette rareté qui fait leur valeur.
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Surnommé par ses partisans “l’or numérique”, le bitcoin bénéficie parfois d’une réputation d’actif anti-crise. Or, force est de constater que son cours est encore très sensible aux inquiétudes des acteurs financiers : lorsque l’épidémie du Covid-19 est devenue mondiale, les marchés se sont écroulés et le bitcoin a chuté de près de 40% en un mois (actuellement 6230 dollars). Entre le 4 et le 23 mars, le S 500, qui représente les 500 plus importantes capitalisations américaines, a rendu environ 30%.
En bleu le cours du bitcoin, en rouge celui du S 500Bitcoin et S 500, même combat
“C’était le krach que toute la communauté bitcoin attendait”, déclare Maxime Prigent, un trader indépendant spécialisé dans les crypto-actifs. “Un krach sans précédent accompagné d’une réponse désespérée des banques centrales qui enclenchent la planche à billets illimitée”, rajoute-t-il. “C’était le meilleur scénario possible, le phénix bitcoin devait renaître des cendres du système financier”. Mais à l’arrivée, c’est la douche froide : “C’est une déception, il a été brutalement bazardé tel un vulgaire actif de spéculation”.
“Le bitcoin a subi de plein fouet la crise de liquidité qui touche les marchés internationaux”, explique Nicolas Chéron, responsable de la recherche marchés pour la société de courtage Binck. “Même l’or a chuté, tous les actifs sont impactés, les opérateurs sortent, par besoin de liquidité, et il n’y a aucun tri qui s’opère, il faut sortir à tout prix le plus vite possible”. Mais à un détail près : l’or n’a perdu “que” 12% de sa valeur alors les cours du bitcoin et des principaux indices mondiaux ont subi un krach, justifiant son statut de valeur refuge.
“À court terme, il faut s’attendre à beaucoup de volatilité, insiste Maxime Prigent, ce n’est pas le moment pour investir”. L’analyste rappelle que c’est la première fois que le bitcoin est confronté à un krach généralisé des marchés accompagné d’une incertitude structurelle. “Nous n’avons pas d’historique là-dessus”, souligne-t-il.
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Long sera le chemin vers la valeur refuge
Si le bitcoin a suivi pour cette fois la tendance du marché actions, il a pourtant déjà montré des signes d’indépendance. Consécutivement à l’assassinat le 3 janvier du général iranien Qassem Soleimani par un drone américain, les prix du pétrole, de l’or et du bitcoin ont brusquement progressé dans des proportions similaires.

Bitcoin has never shown much correlation to gold or other SOVs. That is, until now.This is incredibly bullish for BTC.Here’s Why 👇 pic.twitter.com/nyOI0Swkge— Andrew Kang (@Rewkang) January 8, 2020

“Lors des épisodes les plus chauds de la guerre commerciale opposants les États-Unis à Chine, le bitcoin a aussi été porté par des achats de diversification et a servi de support de fuite à certains capitaux chinois”, rappelle Maxime Prigent.
La banque suisse Seba, spécialisée dans les crypto-actifs, explique dans une étude publiée en octobre 2019 que bitcoin a surperformé par rapport aux grandes valeurs (euro, livre sterling, Nasdaq, etc.) lors de ces événements : référendum sur la sortie de la Grèce de la zone euro (+17%, 2015), dévaluation du yuan (+47%, 2015-2016), Brexit (+47%, 2016), guerre commerciale Chine-USA (+49%, 2019). “Il est possible que nous observions un phénomène de réflexivité sur le bitcoin, un schéma selon lequel des croyances subjectives peuvent réellement influencer les fondamentaux sous-jacents d’un actif”, explique Mathieu Jamar, fondateur du fonds de gestion crypto B40Lux. Ainsi, à force de répéter que bitcoin pourrait devenir un actif anti-crise, celui-ci pourrait progressivement le devenir dans la psychologie des investisseurs. Mais le chemin pourrait être long avant d’y parvenir.
Le pari de la diversification
“Il se répand l’idée que la politique monétaire de la Fed se terminera en hyperinflation, or rien n’est écrit”, déclare Maxime Prigent. “Il ne faut pas croire que faire tourner la planche à billets entraînera une dévaluation du dollar et une montée mécanique du bitcoin”, prévient-il. Le dollar est la monnaie mondiale de référence et la demande internationale à son égard reste très forte. “La seule chose qui pourrait générer une hausse du bitcoin, c’est si les investisseurs décident de flécher des capitaux vers lui”, explique-t-il.
Selon lui, le pari de l’investisseur est le suivant : anticiper un cycle inflationniste futur et partir du principe que le bitcoin deviendra un moyen efficace pour stocker de la valeur ou en échanger. “Il suffit d’un peu de diversification de la part de l’océan financier pour qu’un puissant marché haussier s’enclenche”, estime Maxime Prigent. Le bitcoin ne pèse pour l’instant “que” 120 milliards de dollars. Il a donc encore beaucoup de marge du haut de ses 11 années d’existence.
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Écoutez l’épisode de notre podcast 21 Millions consacré aux cours du bitcoin :

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