Assurance vie : comment doper le rendement de votre contrat sans risquer votre capital ?

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2,5% en 2014, 2,3% en 2015, 1,8% en 2018 et 1,4% attendu en 2019… l’évolution saute aux yeux ! En 5 ans, le rendement moyen des fonds en euros de l’assurance vie, les supports garantis sur ces contrats, s’est effondré de 44%. La faute en grande partie à la chute des taux des obligations qui garnissent en grande partie ces actifs sans risque. Le 6 mars 2020, l’obligation assimilable du Trésor français (OAT) à 10 ans offre ainsi un taux de… -0,312%. “En octobre 2019, les emprunts allemands à 10 ans s’affichaient à -0,7%”, rappelle Olivier Sentis, directeur général de la MIF. Et si la MIF (Mutuelle d’Ivry-La Fraternelle) a dégagé un rendement de 1,95% sur son fonds euros, son dirigeant prévient : “Nous avons affaire à une baisse tendancielle des rendements depuis quelques années. Et cela ne va pas s’arrêter tout de suite.”
Même si les professionnels du marché bénéficient de réserves encore conséquentes pour lisser la chute des rendements pour leurs assurés, la situation ne semble pouvoir évoluer qu’à la baisse. Ce que confirme Guillaume Piard, fondateur et CEO de Nalo, site internet qui propose de l’assurance vie personnalisée en ligne. “Il y a un retard entre le taux d’intérêt de la dette de l’Etat français et le taux servi par les fonds euros. Quand ce taux bouge, il se répercute avec trois ans de retard sur le fonds euros. Les assureurs tapent donc dans les réserves”, analyse ce spécialiste. Les épargnants sont prévenus : à l’instar du Livret A, les supports garantis de l’assurance vie n’ont aucune raison de livrer une performance supérieure dans les prochaines années. Pire encore, leur rendement moyen s’affiche désormais sous l’inflation, de 1,5% sur un an en janvier 2020 selon l’Insee. Pour ne rien arranger, les taux des supports garantis sont annoncés nets de frais de gestion, mais avant fiscalité. Autant dire que les épargnants, majoritairement investis sur les fonds dans leurs contrats d’assurance vie (80% à fin 2018 selon la Fédération française de l’assurance (FFA), ont tout intérêt à changer de stratégie. “Il faut être conscient que ce n’est plus l’intérêt des épargnants que de détenir exclusivement du fonds en euros”, appuie le président de l’Afer, l’Association française d’épargne et de retraite, Gérard Bekerman.
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Impossible de verser à 100% sur le fonds euros
Implacable, le constat de l’érosion progressive des taux des fonds euros n’est pourtant pas une fatalité à en croire les professionnels du secteur. La solution passe, sans surprise, par une prise de risque accrue et “un dosage mieux équilibré vers les unités de compte, l’eurocroissance et le PER (plan épargne retraite)”, prêche le dirigeant de l’Afer. Une mutation déjà en cours chez certains épargnants puisque les versements sur les unités de compte (UC) ont représenté 34% des cotisations en janvier 2020 selon la FFA. Si la tendance se fait sentir, difficile à l’heure actuelle d’attribuer celle-ci à une prise de conscience des épargnants ou à la volonté des assureurs de les responsabiliser, quitte à leur forcer la main. Car depuis quelques mois, certains acteurs, et non des moindres, ont mis en place des “barrières à l’entrée” sur leurs contrats, notamment pour les nouveaux clients. Generali et AG2R La Mondiale imposent désormais un minimum de 30% de versements en unités de compte pour les nouvelles cotisations. L’Afer fait preuve d’une rigueur identique, mais seulement pour ses nouveaux adhérents. “Si l’Afer acceptait tout le monde, l’entrée massive de nouveaux adhérents serait de nature à diluer le fonds”, se justifie le patron de l’association, qui regroupait 760.000 épargnants à fin 2019. Ce “contingentement” des nouveaux versements en partie en UC s’explique par une logique simple. Les nouvelles cotisations sont autant d’encours à placer et faire fructifier dans une période de taux négatifs. Une mission tout bonnement impossible à accomplir et qui n’aboutirait qu’à un recul encore plus prononcé du rendement servi. Seuls les anciens adhérents peuvent ainsi continuer de remplir leurs contrats en versant à 100% sur le fonds euros. Là encore pour un motif qui vise à favoriser les fidèles épargnants, “la famille”, comme les appelle Gérard Bekerman. Une logique qui ne bénéficie qu’à la marge aux assurés actuels qui, s’ils versent de nouveau sur le fonds euros, provoquent de fait un effritement du rendement qui leur est servi…
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Demander aux épargnants d’abandonner le capital garanti, tout du moins sur une partie de leurs encours, est une chose. Mais sont-ils actuellement assez informés pour agir en connaissance de cause ? Rien n’est moins sûr. Car investir en unités de compte, c’est se positionner sur des actifs nombreux et très différents : actions, obligations d’Etat ou d’entreprises, placements immobiliers (SCPI, OPCI, SCI, …), trackers (aussi appelés ETF ou fonds indiciels) ou encore OPCVM (Sicav, FCP). Autant de termes auxquels l’épargnant n’est pas toujours habitué mais qu’il va devoir découvrir s’il veut comprendre comment est placé son argent.
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Jouer la sécurité avec l’immobilier
Comment, dans cette situation, choisir les bons supports pour trouver du rendement, sans pour autant s’exposer à une perte en capital ? “La garantie permanente en capital avec une liquidité à tout instant, c’est terminé”, assène Guillaume Piard. En effet, parmi toutes les options qui se présentent, aucune ne garantit de risque zéro. Mais certaines semblent moins risquées que d’autres. C’est notamment le cas pour les produits de la pierre papier, avec les sociétés civiles de placement immobilier (SCPI) en tête de cortège. Avec un rendement moyen de 4,40% sur l’ensemble des SCPI de rendement du marché, “le souscripteur peut raisonnablement penser que la performance est meilleure qu’avec le fonds euros”, sourit Jean-Marc Peter, directeur général de Sofidy, mastodonte de la pierre papier, avec notamment la SCPI Immorente et ses 3,3 milliards d’euros d’encours sous gestion. Mais quid de la partie du rendement ponctionnée par l’assureur sur ces unités de compte, sachant que la SCPI occasionne déjà de nombreux frais, à la souscription (10% en moyenne) et pour la gestion (10% en moyenne également) ? “Certes, il y a une dégradation de la performance, admet Jean-Marc Peter, mais l’assurance vie permet de souscrire à un prix moins cher que si vous achetez la SCPI en direct.” Ce que confirme Stéphanie Lacroix, directrice générale de Primonial Reim : “L’assureur vie procède à un reversement d’une partie des frais d’entrée à l’assuré.” Partiellement pris en charge, l’impact des frais de souscription peut ainsi retomber à 2,5%. “Et avec l’avantage fiscal de l’assurance vie, la performance s’équilibre si vous êtes fortement imposé”, complète Jean-Marc Peter. Sur le papier, la SCPI semble donc toute indiquée. Mais Mathieu Hachemkhani, conseiller en gestion de patrimoine chez Ferless Conseil, avertit l’épargnant qui agit dans un univers contraint sur son contrat d’assurance vie : “Si la SCPI n’a pas été achetée par l’assureur, il ne la proposera pas.”
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D’autres alternatives immobilières peuvent être activées. C’est notamment le cas des OPCI, les organismes de placement collectif immobilier qui, comme les SCPI, investissent dans un parc immobilier. Mais pas seulement puisqu’une partie de l’OPCI est investie en produits financiers (titres de foncières cotées par exemple, OPCVM immobiliers…). “Cela permet de faire un peu de Bourse et les frais sont compris entre 2 et 3,5%”, explique Jean-Marc Peter. Et lorsque les marchés financiers sont à la hausse, le rendement l’est aussi, avec une performance moyenne avec dividendes réinvestis de 5,52% en 2019, contre 1,20% en 2018.
Dans la gamme des produits immobiliers, il est également possible de se pencher sur les sociétés civiles immobilières (SCI), un fonds de fonds immobiliers, qui investit sur de l’immobilier physique, des SCPI, des OPCI… et sur lequel les frais sont limités au maximum à 2%. Une solution que plébiscite Mathieu Hachemkhani, notamment en raison de “la volatilité qui ne dépasse pas 1%. Et en termes de rendement, on est entre 4% et 6% !”. Plus performants encore, les OPCVM immobiliers, qui investissent en grande partie dans des sociétés foncières cotées européennes, les SIIC (sociétés d’investissement immobilier cotées). Des placements qui figurent en première ou deuxième place des performances sur long terme, à 11,8% de taux de rendement interne sur 15 ans en 2018 et même 24,4% sur 40 ans selon les statistiques de l’Institut de l’épargne immobilière et foncière (IEIF). Soit mieux que les actions.
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Supporter les turbulences sur les marchés actions
Alors que l’immobilier peut faire rêver un épargnant “sécuritaire”, un épargnant avec un profil plus dynamique peut être tenté d’opter pour les actions. Et à la vue des performances des unités de compte actions en 2019, ce choix peut sembler logique. Alors que l’indice phare du CAC 40 a gagné 26,37% sur un an au 31 décembre 2019, certaines unités de compte en actions ont encore fait mieux avec +27,7% pour Afer Actions Monde. “Notre OPCVM actions américaines a gagné 31% en 2019”, enchérit Olivier Sentis de la MIF. Mais ces performances ne doivent pas faire oublier une année 2018 marquée par un net recul des marchés financiers (près de -11% pour l’indice CAC 40), recul qui s’est soldé par une perte moyenne de 8,9% sur les supports en unités de compte. Ainsi, alors que les épargnants sont toujours plus orientés vers ces supports risqués, le gendarme de l’assurance, l’ACPR (Autorité de contrôle prudentiel et de résolution) a, dans un communiqué du 30 janvier 2020, rappelé les professionnels du secteur à la prudence dans leurs publicités, les enjoignant à indiquer clairement aux souscripteurs les risques auxquels ils s’exposent.
La volatilité des actions, car c’est bien de cela qu’il s’agit, n’est en effet un secret pour personne, ou tout du moins aucun professionnel. La crise liée à l’apparition du coronavirus en est l’illustration parfaite puisque les principaux indices boursiers ont décroché en quelques jours après un début d’année 2020 sur les chapeaux de roue. Preuve de cette volatilité : au 6 mars, le CAC 40 perdait près de 13% par rapport à son cours au 1er janvier 2020. Problème pour un épargnant : comment réagir aux turbulences du marché dans ce cas de figure ?
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Lisser le risque sur la durée
S’il est un élément de réponse sur lequel s’accordent les spécialistes du secteur, c’est bien l’horizon d’investissement. “Tout le monde ne doit pas aller vers les unités de compte, avance Gérard Bekerman. Au sein de l’Afer, nous avons 460 centenaires. Je ne vais pas leur dire de diversifier et de prendre des risques.” Le temps compte, celui qu’il nous reste à vivre, tout comme celui pendant lequel nous comptons rester investis en assurance vie. “Si l’on veut constituer un apport pour un prêt immobilier dans trois ans par exemple ou préparer un complément de revenus pour la retraite, la logique n’est pas la même, insiste Guillaume Piard. L’horizon éloigné permet de prendre beaucoup plus de risques.” Car c’est seulement sur la durée que l’investissement prend tout son sens. “On considère qu’à très long terme, il n’y a pas de raisons que l’on ne soit pas gagnant”, abonde Benjamin Spivac, ingénieur patrimonial associé de la société de gestion Amplegest. Le temps fait donc son oeuvre, tout comme les flux d’argent s’ils sont répartis dans la durée. Le mécanisme des versements programmés, qui consiste à effectuer des versements réguliers sur son contrat, permet ainsi de se désensibiliser au risque.
Mais les épargnants sont-ils assez armés au niveau des connaissances financières et peuvent-ils supporter sans broncher les soubresauts de la Bourse ? La réponse est positive pour les initiés et ces derniers peuvent opter pour la gestion libre de leur contrat, choisissant alors l’allocation (quelles UC), la ventilation (quel pourcentage d’UC, de fonds euros), les arbitrages (les opérations sur le contrat). Mais rares sont ces “auto-gérants” raisonnés en dépit des montagnes russes décrites par les Bourses mondiales. Pour trouver conseil, les épargnants peuvent choisir plusieurs styles de gestion de leur contrat, correspondant à la durée d’investissement visée, leur aversion au risque et bien entendu la taille de leur patrimoine. De plus en plus mise en avant, la gestion pilotée, ou sous mandat, consiste à déléguer à son assureur les choix d’investissements et d’arbitrages en fonction d’un profil de risque défini. “On ne peut pas demander à quelqu’un qui travaille de gérer et faire des arbitrages constants sur son portefeuille. La gestion sous mandat répond à ce besoin”, explique Olivier Sentis, le directeur général de la MIF qui compte lancer la gestion sous mandat à l’automne 2020. En 2019, les performances ont confirmé que ce mode de gestion pouvait être très lucratif pour l’épargnant : +13,34% pour le mandat dynamique de Fortuneo, +14,29% pour le profil offensif du mandat d’arbitrage de Suravenir… Des performances pourtant en partie obérées par les frais induits par ce type de gestion puisqu’ils peuvent dépasser 4% pour certaines banques de réseau. Les acteurs en ligne se montrent moins gourmands puisqu’ils arrivent à compresser ces frais à 3% chez Boursorama et 2,7% chez ING Direct. Deux fintechs vont encore plus loin avec des frais bornés à 1,6% chez Yomoni et à 1,65% chez Nalo.
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Ces nouveaux acteurs se démarquent également par une individualisation poussée du profil. La plateforme Yomoni propose ainsi 10 niveaux de risque, contre 3 à 4 pour la plupart des assureurs qui référencent la gestion sous mandat. Nalo va encore plus loin : “Nous n’avons pas de profil type, argue Guillaume Piard. A horizon égal, quelqu’un qui touche le Smic n’a pas la même situation patrimoniale qu’un millionnaire. Un profil, statique par essence, ne peut le prendre en compte.”.
Si chacun y va de sa recette et cherche à se démarquer en proposant de nouveaux services, la plupart des spécialistes du secteur s’accordent sur plusieurs points : l’importance de définir son horizon d’investissement d’une part et l’impérieuse nécessité de ne pas passer du 100% garanti au tout risqué. “A 100% sur le fonds euros, il est possible d’aller jusqu’à 20% à 30% en diversification”, conseille prudemment Benjamin Spivac. Même écho chez Jean-Marc Peter, le dirigeant de Sofidy, pour qui “seuls les plus hardis peuvent éventuellement aller jusqu’à 50%. Et encore, cela me semble excessif…”.
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