12 questions clé et les réponses d’économistes

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Ouf ! Avec une croissance qui devrait s’établir peu ou prou autour de 2,9%, selon les dernières estimations de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), on peut dire que l’année 2019 s’est relativement bien terminée. Cette augmentation du produit intérieur brut (PIB) n’est certes pas faramineuse, il s’agit même de la plus faible depuis la grande crise de 2008. Mais avec tous les nuages qui s’étaient accumulés au-dessus de nos têtes, ce n’est peut-être pas si mal… L’horizon va-t-il enfin s’éclaircir cette année? « Nous sommes confiants sur la capacité de l’économie mondiale à absorber les chocs qui nous attendent, mais nous ne pensons pas qu’elle puisse accélérer », affirme Alexis Garatti, directeur des études économiques chez Euler Hermes. Il n’est d’ailleurs pas le seul à le penser. Selon la plupart des prévisionnistes, nous devrions échapper au scénario catastrophe d’une récession globale et grappiller encore un peu de croissance (2,9% selon l’OCDE).
« Nous pourrions même avoir de bonnes surprises », pronostique Christopher Dembik, responsable de la recherche économique chez Saxo Bank. Avec un peu de chance, la Chine retrouvera enfin un peu de vigueur, l’économie américaine continuera d’encaisser avec flegme les tweets de son président, la zone euro restera debout dans la tempête et le Brexit se déroulera tout en douceur. Mais il suffirait d’une toute petite bourrasque, une brusque remontée du prix du pétrole ou des taux d’intérêt, une aggravation des tensions protectionnistes, une fissure dans le système financier, une brèche dans l’union monétaire, pour mettre l’économie mondiale à terre.
Surtout, cette anémie de la croissance mondiale inquiète au moment où nous devons relever d’importants défis, qu’il s’agisse du changement climatique, de la suprématie des géants du Web, de la montée du populisme ou de la transformation du marché du travail. Face à ce brouillard, douze experts ont accepté de tenter d’éclairer pour nous les principaux enjeux économiques de cette année 2020.
1/ Le cours du pétrole va-t-il remonter ?
Philippe Chalmin, professeur d’histoire économique à l’université Paris-Dauphine et directeur du rapport Cyclope sur les marchés mondiaux de matières premières : A priori, nous avons toutes les raisons de penser que non, même s’il est toujours très difficile de faire des prédictions pour ce marché, très instable comme pour toutes les matières premières. La balance penche plutôt en faveur d’une baisse du prix du pétrole en dollars, car la demande mondiale devrait peu augmenter l’an prochain (seulement d’un million de barils par jour), tandis que l’offre devrait être plus importante (avec une progression de l’ordre de 2 millions de barils par jour), notamment grâce à la production des pays qui ne font pas partie de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole.
Toute la question est de savoir ce que feront les membres de l’Opep : vont-ils encore réduire leurs quotas pour maintenir les cours ? On peut penser que les Saoudiens vont faire pression pour cela. Avec l’entrée en Bourse de Saudi Aramco, leur compagnie nationale d’hydrocarbures, ils ont besoin que le baril se maintienne à un niveau correct. J’estime donc que le prix moyen du Brent devrait être de 50-55 dollars l’an prochain, contre un peu plus de 60 dollars fin 2019. Bien sûr, cette prévision se base sur une situation géopolitique inchangée, avec une poursuite de l’embargo américain sur le pétrole iranien et une absence d’aggravation des tensions dans le Golfe. Pour les Européens, une partie de la baisse des prix devrait malheureusement être amoindrie par la faiblesse de l’euro par rapport au dollar : l’impact positif sur notre économie sera donc limité.
2/ Les taux vont-ils rester bas?
Patrick Artus, chef économiste chez Natixis : Très certainement. Aux Etats-Unis, Jerome Powell, le président de la Réserve fédérale, a été très clair : après les récentes baisses, le niveau des taux directeurs (ceux qui sont fixés par les banques centrales, NDLR), qui évolue dans une fourchette allant de 1,50% à 1,75%, est celui qui convient le mieux à l’économie. Il y a donc peu de chance qu’ils bougent en 2020, d’autant plus que nous serons en pleine année électorale, et que la Fed fait généralement profil bas pendant cette période. Résultat, les taux américains à dix ans, qui dépendant de ceux de la Fed, devraient demeurer sous les 2%.
Christine Lagarde, la nouvelle présidente de la Banque centrale européenne, est quant à elle face à un grand dilemme. D’un côté, nous avons besoin qu’ils restent bas (les taux directeurs évoluent actuellement entre -0,50 et 0,25%) pour maintenir la solvabilité des pays les plus endettés, sinon nous risquons de connaître une nouvelle crise de la zone euro. Mais, de l’autre, les effets négatifs sur les banques ou les compagnies d’assurances sont de plus en plus importants… Cela dit, je ne pense pas que les taux directeurs remonteront en 2020, d’autant plus que la BCE vient de lancer un nouveau « quantitative easing » (un programme massif de rachat d’actifs, NDLR) : elle ne va pas y mettre fin aussi rapidement.
3/ La Chine peut-elle rebondir?
Mathilde Lemoine, chef économiste du groupe Edmond de Rothschild : La croissance chinoise pourrait être un peu plus vigoureuse cette année, mais il ne faut pas s’attendre à un rebond important. Nous avons tous été surpris en 2019 par l’ampleur du ralentissement, qui a été beaucoup plus important que ce que nous avions imaginé. Face à celui-ci, les autorités chinoises avaient bien prévu un plan de relance, mais il a moins bien fonctionné que ce que nous avions anticipé, car les collectivités locales n’ont pas beaucoup investi dans les infrastructures, alors même que le gouvernement a facilité leurs possibilités d’emprunt.
Ce canal va-t-il être plus efficace l’an prochain ? On peut le penser, car le Conseil des affaires de l’Etat leur a expressément demandé de faire plus. On peut également se demander pourquoi la Chine laisse sa croissance atterrir sans réagir de manière plus forte. Il y a peut-être une stratégie derrière tout cela : en laissant celle-ci baisser, les importations américaines diminuent mécaniquement, ce qui met des bâtons dans les roues de Donald Trump. Selon nos prévisions, l’augmentation du PIB devrait cependant passer de 6,15% en 2019 à 6,2% en 2020, notamment grâce à la baisse récente des taux, qui pourrait faire chuter le yuan, et donc doper les exportations chinoises.
Mais il faut rester vigilant, il existe tout de même des risques, qui sont plus internes qu’externes. L’évolution de la guerre commerciale ne devrait en effet pas avoir un grand impact sur les chiffres de croissance en 2020, mais la consommation des Chinois, en particulier les ventes d’automobiles, à cause de la mise en œuvre des normes antipollution et la fin de la prime de la casse, pourrait ne pas être au rendez-vous.
4/ Les Etats-Unis vont-ils entrer en récession?
Christophe Barraud, chef économiste chez Market Securities : C’est très peu probable. La croissance américaine va très certainement être moins forte qu’en 2019, selon nos prévisions elle devrait s’établir à 1,7%, après 2,3% l’an dernier. La consommation va en effet ralentir, car les créations de jobs marquent le pas, et l’impact de la guerre commerciale se fait petit à petit sentir. Depuis le 1er septembre, ce sont tout de même 70% des biens de consommation en provenance de Chine qui sont concernés par la hausse des tarifs douaniers, contre 30% avant cette date. La consommation va également souffrir de l’incertitude due aux élections américaines, prévues à la fin de l’année. Celle-ci sera d’autant plus grande que nous risquons de nous retrouver avec deux candidats que tout oppose… Il n’y a en effet pas grand-chose de commun entre Elizabeth Warren et Donald Trump !
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Il y aura peut-être un peu moins d’incertitude si Michael Bloomberg est choisi comme candidat pour les démocrates. Du côté des entreprises, l’investissement va également se tasser à cause de l’essoufflement du stimulus fiscal de 2018-2019 et du même attentisme préélectoral. Enfin, la guerre commerciale aura également un impact sur le commerce extérieur, mais si un accord est trouvé avec les Chinois, il sera peut-être beaucoup moins important que prévu. Malgré tous ces éléments négatifs, il n’y a pas de raison de penser que l’économie va entrer en récession, sauf si le conflit sino-américain venait à dégénérer. Mais Donald Trump n’a pas intérêt à cela : tous les présidents américains ont toujours fait en sorte de ne pas connaître de récession juste avant une élection ; le seul à ne pas avoir réussi à y échapper est Jimmy Carter en 1980.
5/ Le Brexit va-t-il nous coûter cher?
Ana Boata, économiste senior en charge de l’Europe chez Euler Hermes : Pas forcément. Nous pensons que la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne va être actée cette année, même si celle-ci n’interviendra sûrement pas au 31 janvier : il devrait y avoir à nouveau un ou plusieurs reports. Il s’agit de notre scénario principal, sa probabilité est de 60%. Dans ce cas-là, l’Union européenne ne sera plus privée des 0,2 point de croissance dont elle a été amputée en 2018-2019 à cause de l’incertitude liée au Brexit. Par contre, en cas de « no deal », nous pourrions perdre 0,5 point en 2020 !
L’Allemagne risquerait d’être le pays le plus touché dans ce cas-là, avec des pertes d’exportations de l’ordre de 8 milliards d’euros, mais le PIB de la France serait lui aussi affecté (—3 milliards), notamment dans le secteur de la chimie et de la pharmacie (—0,7 milliard), de l’agroalimentaire (—0,5 milliard) et des machines-outils (—0,5 milliard). Heureusement, ce scénario est peu probable (10% selon nos prévisions). Enfin, il reste une dernière hypothèse, celle d’un nouveau référendum. En cas de vote pour le maintien, il y aurait une forte reprise de l’économie britannique qui serait bénéfique pour toute l’Union européenne. Dans le cas contraire, nous retomberions dans le premier scénario.
6/ Les tensions protectionnistes vont-elles s’apaiser ?
Dani Rodrik, professeur d’économie politique à Harvard et auteur de La Mondialisation sur la sellette (éd. De Boeck) : Non, elles risquent au contraire de se renforcer, et la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine ne sera pas réglée avant les élections américaines… D’autant que Donald Trump est loin d’avoir perdu toute chance d’être réélu.
C’est une mauvaise nouvelle pour l’économie mondiale, car cette incertitude pénalise tout le monde – à l’exception de quelques Etats d’Asie du Sud-Est qui réussissent à tirer leur épingle du jeu en profitant des délocalisations chinoises. Cela dit, la montée du protectionnisme, favorisée par l’émergence d’un populisme lié au sentiment d’insécurité économique, ne signifie pas que la mondialisation a dit son dernier mot. Même si le commerce global ralentit, les dynamiques qui la supportent sont assez fortes pour résister.
7/ L’Allemagne va-t-elle enfin accepter de relancer l’Europe ?
Véronique Riches-Flores, économiste indépendante chez RF Research : Un assouplissement de la politique budgétaire allemande, qui viendrait stimuler la croissance de notre voisin, et, par ricochet, celle de ses partenaires européens, n’est pas irréaliste. Mais c’est tout de même une hypothèse très peu probable. Les Allemands estiment qu’ils n’ont pas besoin de faire plus : faute de main-d’œuvre disponible, ils n’ont pour le moment utilisé que la moitié de l’enveloppe prévue pour les investissements en 2019, ils ne voient pas pourquoi il faudrait aller plus loin.
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Du coup, si la situation s’aggrave – du fait, par exemple, d’une forte détérioration de la conjoncture mondiale ou de la taxation des véhicules européens par les Etats-Unis—, nous pourrions nous retrouver dans une situation dramatique, avec une Allemagne en récession, qui entraînerait dans son sillage les autres pays européens.
8/ Une crise financière nous pend-elle au nez?
Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie en 2001, ancien conseiller de Bill Clinton et ex-directeur de la Banque mondiale : Non, je ne pense pas, car nous ne sommes pas du tout dans une situation semblable à celle de 2008. A l’époque, beaucoup de banques étaient engagées dans les mêmes excès, leurs portefeuilles étaient pleins de créances pourries… Mais maintenant nous disposons d’une meilleure régulation, même si elle est encore loin d’être parfaite.
Cela dit, si une crise financière suivie d’une crise économique devait survenir, cela pourrait être bien pire qu’à l’époque. Je ne pense pas que nous serions aujourd’hui capables de répondre à un tel choc et les choses tourneraient sans doute mal. D’abord parce qu’en 2008-2009 il y avait eu une réponse coordonnée de la part du G20 pour relancer l’économie. Aujourd’hui, ce serait plus compliqué : Donald Trump et Boris Johnson ne croient pas au multilatéralisme ! Ensuite parce que les taux d’intérêt sont déjà proches de zéro, les Banques centrales ne disposent donc pas de grandes marges de manœuvre pour intervenir.
Enfin, en 2008-2009 nous avons pu nous permettre d’avoir des politiques budgétaires fortes. Aujourd’hui, il serait difficile de mettre en place un stimulus fiscal important vu les dettes et les déficits…. Nous avons mal géré la période de croissance et d’emploi et nous n’avons pas su nous préparer pour la prochaine crise.
9/ Va-t-on enfin réussir à faire plier les Gafa ?
François Lévêque, professeur d’économie à Mines ParisTech et auteur des Habits neufs de la concurrence. Ces entreprises qui innovent et qui raflent tout (éd. Odile Jacob) : Pas de façon brusque et immédiate. Nous ne sommes aujourd’hui qu’au début de l’histoire. On peut certes s’attendre à de légers progrès, en termes de taxation par exemple, mais l’affrontement avec les Gafa va se poursuivre encore de longues années. Aujourd’hui, on parle beaucoup de démantèlement de ces géants du Web, mais il faut se souvenir que les démêlés de Microsoft avec les autorités antitrust américaines ont duré une dizaine d’années dans les années 1990, et que la société de Bill Gates a finalement échappé à cette punition !
Il ne peut y avoir intervention des autorités de la la concurrence que s’il y a des abus : on ne peut pas condamner une entreprise juste parce qu’elle possède un monopole. Ainsi, la protection des données personnelles des utilisateurs ne peut justifier l’utilisation des outils antitrust. Mais, même si c’est compliqué, les Etats ne baisseront pas les bras, car ces groupes sont devenus bien trop puissants —pas seulement dans le domaine économique—, et les politiques ne sont pas prêts à les laisser mener à leur place la transformation du monde.

10/ Un « Green New Deal » pourrait-il faire redécoller l’économie mondiale ?

Jeremy Rifkin, prospectiviste et économiste, auteur du New Deal vert mondial (éd. Les liens qui libèrent) : J’espère que cette année sera enfin celle du « Green New Deal », ce grand plan de transformation de la société qui nous permettra de faire face au changement climatique et de mettre fin à la civilisation basée sur les énergies fossiles. Il y a de bonnes raisons d’espérer : de plus en plus d’individus et d’entreprises commencent à se rendre compte que nous n’avons plus beaucoup de temps, le cours des énergies renouvelables est en train de chuter et le secteur bancaire et financier est pris de panique à cause des actifs bloqués dans le secteur de l’énergie fossile et des industries qui en dépendent.
Le marché est en train de parler, mais nous avons aussi besoin d’une volonté politique, ne serait-ce que pour mettre en place les infrastructures nécessaires. Nous sommes à l’aube d’une troisième révolution industrielle qui va entraîner la création de nombreux emplois et de nouvelles opportunités de business dans les secteurs des technologies de l’information, de l’énergie, de la logistique, du transport, etc. Il nous faut inventer un nouveau paradigme économique, trouver le moyen de sauver la planète sans décroissance, même si le capitalisme tel que nous le connaissons aujourd’hui ne sera sans doute plus le même demain.

11/ L’Italie va-t-elle enfin sortir la tête de l’eau ?

Lorenzo Codogno, ancien économiste en chef du Trésor italien et fondateur du cabinet LC Macro Advisors : L’économie italienne, qui a connu de grandes difficultés ces derniers temps, pourrait aller un peu mieux en 2020. Le pays a d’ailleurs montré sa résilience l’an dernier. Malgré les difficultés, l’emploi et les salaires ont progressé, ce qui a soutenu la consommation, et même si l’investissement est resté faible, il n’y a pas eu de détérioration supplémentaire. De plus, les banques vont de mieux en mieux : la contraction du crédit pourrait enfin s’arrêter. Si les politiques ne viennent pas mettre le désordre, comme ils en ont malheureusement l’habitude, et s’il n’y a pas de choc externe supplémentaire, l’Italie devrait connaître une reprise graduelle.
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12/ Le chômage va-t-il baisser plus franchement ?
Eric Heyer, directeur du département analyse et prévision de l’OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques) : La baisse devrait être légère. En théorie, nous avons besoin d’au moins 1,2% de croissance, rien que pour stabiliser le taux de chômage. Or celle-ci devrait s’élever seulement à 1,3% l’an prochain. Cela dit, ces dernières années nous avons créé des emplois avec beaucoup de moins de croissance qu’avant.
Mais il pourrait aussi y avoir plus d’entrées sur le marché du travail. En effet, lorsque le chômage baisse, certaines personnes qui étaient auparavant découragées reviennent sur le marché du travail. Par ailleurs, le taux de chômage n’est plus le seul indicateur à regarder aujourd’hui. Avec la transformation du marché du travail, l’analyse est plus complexe et il faut en regarder d’autres pour avoir une véritable vision de l’état de celui-ci.

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